Comment Estelle Jellad (MoDem) est passée de colistière de Dureau à dissidente métropolitaine

À peine installée, la majorité métropolitaine lyonnaise se fissure. Derrière la façade d’unité affichée par le groupe Grand Cœur Lyonnais, quatre élus MoDem ont déjà rompu les rangs. Parmi eux, Estelle Jellad, une trajectoire politique emblématique des compromis et des déceptions de cette séquence électorale inédite.

Une majorité de façade, déjà ébréchée

Le 2 mai 2025, le groupe Grand Cœur Lyonnais annonçait solennellement sa constitution au sein du conseil de la Métropole de Lyon, fort de 88 élus sur 150. À sa tête, le sénateur du Rhône François-Noël Buffet, tout juste élu président du groupe, qui entendait incarner une coalition « lisible, unie et fidèle à ses engagements ». Belles paroles. Mais la réalité politique, elle, est déjà tout autre.

Car si la victoire de Véronique Sarselli le 22 mars avait permis d’envoyer 92 élus sous les couleurs Grand Cœur au conseil métropolitain, il n’en reste aujourd’hui plus que 88. Quatre ont claqué la porte. Quatre élus issus du MoDem. (Lyon Mag, 2 mai 2025)

Les quatre dissidents :
Cyrille Isaac-Sibille (député), Estelle Jellad, Carine Frappa Rousse et Fouziya Bouzerda — tous membres du MoDem — ont signifié leur volonté de former un groupe indépendant. En vertu du règlement intérieur métropolitain, il faut au moins cinq élus pour constituer un groupe. Ils se trouvent donc dans l’impasse numérique, mais pas moins dans une rupture politique assumée. (Lyon Mag)

Estelle Jellad : de la liste Dureau à un siège inattendu dissidente

Portrait : qui est Estelle Jellad ?
Lors des élections municipales de 2026 à Lyon, Estelle Jellad figurait sur la liste conduite par M. Dureau. Cette liste n’a pas franchi le seuil nécessaire pour que Estelle Jellad ait un siège au conseil municipal — un échec électoral qui aurait pu marquer la fin de l’aventure politique pour plusieurs de ses colistiers.Mais la mécanique des scrutins croisés en a décidé autrement. Positionnée en bonne place sur la liste métropolitaine « Grand Cœur Lyon des Portes du Sud », conduite par Nathalie Frier, Estelle Jellad s’est retrouvée en position éligible au conseil de la Métropole de Lyon — et y a donc fait son entrée, malgré la défaite municipale de sa liste de rattachement. C’est précisément ce parcours, entre recasage habile et positionnement opportun, qui rend sa trajectoire aussi scrutée que contestée au sein même de la majorité.

Le groupe de Pascal Dureau, lui, n’a pas manqué de relever l’ironie de la situation. Avoir porté une liste, essuyé une défaite aux municipales, et voir l’une de ses candidates rebondir sur une liste métropolitaine alliée pour finalement siéger au conseil — tout en rompant ensuite avec la coalition qui lui a offert cette issue — devrait susciter une amertume manifeste.

Ce sentiment rejoint celui qu’exprimait publiquement Éric Desbos, lui aussi dans la mouvance des listes Aulas, qui estimait que « le malaise est profond pour les colistiers non élus ». (Lyon Mag) Le mode de distribution des postes au sein de Grand Cœur Lyonnais n’a, manifestement, pas satisfait tout le monde.

Le MoDem, grand perdant des négociations internes

La rupture des quatre élus MoDem ne relève pas d’un désaccord programmatique. Elle tient à une frustration bien plus simple : la répartition des responsabilités. Selon Lyon Mag, le MoDem n’a obtenu aucune vice-présidence au sein de l’exécutif métropolitain. Fouziya Bouzerda, ancienne présidente du Sytral, espérait retrouver ce fauteuil stratégique — il est finalement allé à Véronique Sarselli elle-même.

On peut légitimement s’interroger : comment une coalition aussi large peut-elle prétendre à l’unité lorsqu’elle écarte délibérément l’un de ses partenaires de tout poste exécutif ? Le MoDem a apporté ses voix, ses listes, ses réseaux — et en retour, rien. Aucun strapontin, aucune vice-présidence. La « concertation exigeante » chère à François-Noël Buffet semble avoir ses limites.

La majorité contre-attaque : morale ou politique ?

La réponse de l’exécutif ne s’est pas fait attendre. Dans un communiqué commun signé par Véronique Sarselli, Jean-Michel Aulas et François-Noël Buffet, la majorité tance sévèrement les dissidents, évoquant un « manquement » au « pacte moral » de campagne et assurant qu’ils devront « en répondre devant leurs électeurs ». (Lyon Capitale, 2 mai 2025)

Le groupe Grand Cœur va plus loin, sur un registre presque sentencieux, rappelant selon Lyon Capitale qu’on ne saurait obtenir une place sur une liste construite ensemble pour ensuite rompre le lendemain le pacte qui a rendu cette victoire possible.

Des mots forts. Mais qui sonnent creux si l’on considère que ces mêmes élus ont été intégrés aux listes précisément parce qu’ils apportaient une utilité électorale — et qu’une fois la victoire acquise, on a jugé cette utilité épuisée. La leçon de morale politique adressée aux dissidents MoDem aurait davantage de poids si la majorité avait, elle aussi, tenu ses engagements de gouvernance partagée.

Une majorité qui se fissure ?

Ce qui est certain, c’est que la Métropole de Lyon entame son mandat sur des fondations plus instables qu’annoncé. La majorité existe. Elle gouverne. Mais elle gouverne déjà avec des fissures — et une opposition interne qui, faute de pouvoir former un groupe, cherchera d’autres moyens de se faire entendre.

À retenir : Quatre élus MoDem — Cyrille Isaac-Sibille, Estelle Jellad, Carine Frappa Rousse et Fouziya Bouzerda — ont rompu avec la majorité Grand Cœur Lyonnais dès les premières semaines du mandat. Le groupe passe de 92 à 88 membres. Le MoDem n’a obtenu aucun poste de vice-président. Estelle Jellad, issue de la liste Dureau (défaite aux municipales), a accédé au conseil métropolitain via la liste Nathalie Frier. Sa dissidence est devrait être perçue comme une double trahison par ses « anciens » alliés.

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