Vénissieux — vie politique locale
Une inauguration qui risque d’être à hauts risques protocolaires
24 M€
0 €
Le Centre Aquatique Auguste Delaune devrait ouvrir ses portes au public en juin. Mais avant, il y aura une inauguration qui sera surveillée de près. Vingt-quatre millions d’euros, plusieurs années de chantier, et voilà que soudain — oh surprise — tout le monde se souvient avoir porté ce projet « de toutes ses forces ».
Le maire actuel, en visite récente accompagné de Marine Cristina (3e adjointe LFI) en charge du Patrimoine, de l’Aménagement de la Ville et de la Transition écologique, a donc cru bon de rappeler avec une modestie toute relative qu’il avait été l’un des instigateurs de cette belle réalisation. Ancien adjoint à la Politique de la Ville, il se remémore avec émotion « les innombrables séances de travail », les dossiers ficelés, les comités nationaux d’engagement à l’ANRU… Bref, si la piscine sent encore le chlore neuf, c’est en grande partie grâce à lui — du moins, c’est ce qu’il dit.
On ne saurait lui en vouloir. Après tout, qui résisterait à la tentation de couper un ruban d’un projet à 24 millions d’euros quand on a contribué, de près ou de loin, à en tenir le bout ?
⚠ Point de fait — à ne pas confondre
La piscine Auguste-Delaune n’a pas été financée par l’ANRU. L’agence ne subventionne pas, en règle générale, ce type d’équipement — ce que le maire lui-même reconnaissait publiquement en 2020. C’est finalement la Dotation Politique de la Ville qui a permis une participation de l’État. Nuance de taille, que certains ont tendance à laisser dans le grand bain.
Car voilà où les choses se compliquent : rattacher la piscine au grand projet ANRU des Minguettes — ce dossier colossal de 500 millions d’euros regroupant près de 50 opérations — est une manière habile de lui donner une stature qu’elle n’a pas tout à fait. Certes, le centre nautique s’inscrit dans le renouvellement urbain du quartier. Mais le financer grâce à l’ANRU ? Non. Ce fut même un refus explicite, assumé, avant que la Ville ne trouve une autre voie.
« Nous le ferons », assurait-il en 2020. Et ils l’ont fait. Mais avec quel argent, et grâce à qui — voilà la vraie question. (Expressions Vénissieux)
Car voilà où le bain risque de piquer les yeux : l’ancienne maire, Michèle Picard, pourrait elle aussi avoir quelque chose à dire sur la paternité — ou plutôt la maternité — du projet. C’est en effet sous l’ancienne majorité que le dossier a germé, que les études ont été commandées, que les arbitrages ont été rendus.
Sera-t-elle conviée à l’inauguration ? La question mérite d’être posée. Dans la tradition républicaine locale, on invite volontiers les élus de tous bords à ce genre de célébration. Mais dans la tradition politique tout court, on veille à ce que les photos de presse ne soient pas trop… encombrées.
Les élus de l’opposition seront-ils présents ? Applaudiront ils poliment depuis le troisième rang ? Ou se verront-ils remettre une invitation avec le plan d’accès mais sans place au pupitre ? Ce qui est certain, c’est que la scène de l’inauguration sera un ballet protocolaire à surveiller de près : qui monte à la tribune, qui reste dans la salle, qui prend la parole, qui sourit sur la photo officielle.
Michèle Picard, si elle est là, sera-t-elle mise en avant pour son rôle pionnier, ou discrètement reléguée au rang de spectatrice applaudie mais non mentionnée ? L’histoire des inaugurations municipales regorge de ces petits oublis « involontaires » au moment du discours.
Les Vénissiannes et les Vénissians, eux, n’auront qu’une question : est-ce que l’eau est à la bonne température ?

Soyez le premier à commenter