90 ans de communisme renversés de justesse, et après ? Synthèse — Municipales de Vénissieux 2026

Samedi 28 mars aura lieu la mise en place des nouveaux élus, et l’élection du nouveau maire. Le 22 mars 2026, Vénissieux a vécu ce que ses habitants n’avaient pas connu depuis 1944 : un changement de majorité à la mairie. Le député Idir Boumertit (La France Insoumise) l’a emporté face à la maire sortante Michèle Picard (PCF) avec seulement 25 voix d’avance — soit 34,11 % contre 33,90 % des suffrages. Un séisme politique mesuré en décimales, qui clôt 90 ans de gestion communiste ininterrompue. Et qui invite à une question fondamentale : deux listes aussi proches programmatiquement pouvaient-elles réellement incarner une rupture ?

Un résultat qui tient à un cheveu

25 voix. C’est le nombre qui sépare désormais deux ères dans l’histoire de Vénissieux, troisième commune de la Métropole de Lyon avec ses 66 700 habitants. Le score serré est à lui seul un message politique. Si LFI gagne, le PCF résiste. Si Boumertit est élu, Picard n’est pas rejetée. La ville n’a pas tranché entre deux projets radicalement différents — et à travers le bulletin de vote, on peut noter quelque chose de bien plus subtil : « on essaie autre chose, mais pas trop loin de ce qu’on connaît. »

Deux programmes, une même famille politique

La lecture attentive des deux programmes officiels révèle davantage de points communs que de divergences. C’est logique : Boumertit a passé plus de 25 ans dans les rangs de la majorité communiste, élu au conseil municipal depuis 2001, ancien adjoint de Michèle Picard elle-même. On ne renie pas un quart de siècle d’action locale en quelques semaines de campagne.

Les deux listes défendaient les mêmes fondamentaux : tarifs sociaux sur les cantines, crèches et activités sportives ; lutte contre la précarité et accès aux droits ; renforcement de la police municipale mais toujours sans armes létales et médiation de proximité ; soutien aux 400 associations vénissianes ; amélioration des mobilités et développement durable ; rénovation urbaine et encadrement des loyers via la Métropole.

PCF : la continuité revendiquée

Le programme de Michèle Picard — « Unir, Résister, Agir » — est avant tout un programme de bilan. Il liste les réalisations du mandat 2020-2026 et propose leur prolongement et leur amplification : budget participatif par territoire, MédiaLab citoyen, consultation annuelle des habitants. L’ambition écologique est déjà engagée, et le programme consacre un chapitre entier au nouveau pacte avec la Métropole de Lyon. Mais coup de tonnerre, c’est la droite qui a remporté la Métropole.

La coalition large — PS, Écologistes, PRG, Gauche Républicaine — est à la fois une force institutionnelle et un handicap d’image : face à LFI qui dit incarner le « renouveau », Picard portait l’étiquette du système établi, même à gauche.

LFI : la rupture de style, pas de fond

Le programme de Boumertit — « Faisons mieux pour Vénissieux » — affiche 100 engagements. Il place la lutte contre l’insécurité sociale comme « cœur du programme » : un cadrage rhétorique habile, car le PCF défend exactement les mêmes politiques sociales. Ses apports distincts les plus concrets sont la gratuité du périscolaire, la Maison des Aînés et des Aidants, le jury citoyen tiré au sort et le 100 % bio en restauration scolaire.

La grande faiblesse du document reste le manque d’information sur le chiffrage budgétaire qui aurait pu être indiqué aux vénissians, mais ce constat, est aussi le cas pour les autres listes. Sur 16 pages et 100 engagements du programme LFI qui a été distribué, un seul montant apparaît : 150 000 € pour un fonds jeunesse la première année. Dans un contexte de finances locales contraintes, cet angle mort est problématique.

Une victoire qui ne fait pas l’unanimité à gauche

La défaite du PCF ne s’est pas digérée en silence. André Gérin, ancien député-maire communiste et figure historique de Vénissieux, a vivement attaqué le nouveau maire avant et après l’élection en accusant Idir Boumertit et Ltfi BenKhélifa de plonger la ville dans une sorte de « communautarisme » — sous-entendant que sa victoire reposerait davantage sur des réseaux identitaires que sur un projet politique universel. Une accusation lourde, contestée par les partisans du candidat LFIste, mais qui révèle la profondeur de la fracture ouverte au sein de la gauche vénissiane. Entre l’ancien monde communiste et la nouvelle gauche insoumise, la rupture est moins programmatique qu’humaine, idéologique et générationnelle.

Les questions qui restent ouvertes

Pour les Vénissians qui s’interrogent sur la continuité du quotidien, un constat s’impose : les deux programmes sont assez proches. Boumertit a grandi aux Minguettes, milité dans les mêmes réseaux, géré la ville aux côtés de Michèle Picard (PCF) pendant des années et certains pensent qu’il ne va pas démolir ce qu’il a contribué à construire.

Les changements seront probablement de l’ordre du style de gouvernance plus que du fond des politiques. Ce qui reste en suspens : comment le nouveau maire va-t-il gérer son rapport avec une Métropole qui a basculé à droite. Comment va-t-il composer avec une opposition PCF et une légitimité intacte ? Et comment va-t-il financer ses 100 engagements ?

Un séisme symbolique, une continuité programmatique

L’histoire retiendra que Vénissieux a mis fin à 90 ans de gestion communiste. Mais pour les habitants, la transition sera probablement douce, peut-être imperceptible. L’élection de Idir Boumertit change surtout l’étiquette politique de la mairie et sa place dans le paysage de la gauche. Elle changera peut-être aussi la façon dont la ville dialoguera avec ses citoyens, le ton, la méthode, le style. En revanche, ce qu’elle ne changera pas — ou très peu —, c’est l’âme profonde de la ville, ses priorités, sa manière d’être et peut-être de gouverner.

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