À quelques semaines des municipales de 2026, le député candidat Idir Boumertit présente son programme pour Vénissieux avec un slogan prometteur : « Faisons mieux pour Vénissieux ». Sur le papier, le document aligne plus d’une centaine de propositions censées améliorer la vie quotidienne des habitants.
Le livret de campagne ne se limite pas à la présentation d’un programme municipal. Dès la première page, une image de Jean-Luc Mélenchon, figure centrale de La France insoumise, est aussi mise en avant, tandis que les dernières pages affichent les soutiens de plusieurs députés LFI. Ce choix de communication rappelle que, derrière ce programme local, la campagne s’inscrit aussi dans une stratégie nationale de La France insoumise visant à présenter un grand nombre de candidats dans les communes, y compris dans certaines villes historiquement dirigées par leurs anciens partenaires de la gauche, notamment le Parti communiste.
La composition de la liste témoigne également des évolutions du paysage politique local. Parmi les colistiers figurent des personnes ayant auparavant milité au Parti socialiste, ainsi que d’anciens colistiers ou soutiens de l’ancien député Yves Blein lors des municipales de 2020.
Cette présence peut apparaître paradoxale sur le plan politique, dans la mesure où La France insoumise s’est régulièrement opposée aux orientations de la majorité présidentielle depuis l’élection d’Emmanuel Macron. Elle illustre en tout cas les recompositions et les trajectoires individuelles qui traversent aujourd’hui la vie politique locale.
Mais derrière cette avalanche de mesures, une question essentielle reste sans réponse : combien tout cela va-t-il coûter ?
Un programme distribué sur pas moins de 16 pages, mais sans véritable colonne budgétaire. C’est sans doute l’un des angles morts les plus frappants du document. Malgré l’empilement de propositions — nouvelles politiques sociales, projets urbains, dispositifs municipaux supplémentaires — aucune estimation financière globale n’est avancée. Pas de chiffrage, pas de trajectoire budgétaire, pas d’explication sur les ressources nécessaires pour financer ces mesures.
Il faut toutefois reconnaître que cette absence de chiffres précis n’est pas propre à cette liste : la plupart des autres candidats restent eux aussi très discrets sur le coût réel de leurs programmes et de leurs promesses.
Mais dans un contexte où les collectivités territoriales voient leurs marges financières se réduire, l’absence totale de cadrage budgétaire pose une question simple : s’agit-il d’un véritable programme de gestion municipale ou d’un catalogue de promesses ?
Sécurité : le grand angle mort
Autre sujet particulièrement sensible à Vénissieux : la sécurité. Alors que cette question figure parmi les préoccupations majeures d’une partie de la population, le programme se contente d’approches classiques de prévention et de médiation. Aucune proposition sur l’armement de la police municipale, pourtant adopté dans un nombre croissant de communes françaises. Le sujet est soigneusement évité. Ce choix idéologique est cohérent avec une partie de la gauche radicale, mais il risque d’apparaître en décalage avec la réalité du terrain et avec les attentes d’une partie des habitants.
Une rupture politique introuvable
Le candidat de la liste LFI présente son projet comme une nouvelle étape pour la ville. Pourtant, à la lecture du programme, la rupture avec la gestion municipale historique reste difficile à identifier. Vénissieux est dirigée depuis des décennies par des majorités issues de la gauche, mené par le Parti communiste. Or beaucoup de propositions du programme semblent s’inscrire dans la continuité de cette tradition municipale, plutôt que dans une transformation profonde de la gestion de la ville. Au fond, ce programme aurait très bien pu être celui du Parti communiste local. La différence politique reste floue.
Le cas du protoxyde d’azote : une communication sélective
Le député met en avant son combat contre la consommation détournée de protoxyde d’azote, plus connu sous le nom de « gaz hilarant ». Un sujet réel, qui touche de nombreuses villes. Mais la communication autour de ce dossier oublie parfois de rappeler un élément important : la première loi française encadrant ce produit n’a pas été portée par La France insoumise, mais par la sénatrice centriste Valérie Létard.
Cette loi interdit notamment :
- la vente aux mineurs,
- la vente dans les bureaux de tabac et débits de boissons,
- l’incitation d’un mineur à consommer.
Le produit reste cependant légal pour les adultes, notamment dans certains commerces ou sur internet.
Idir Boumertit a effectivement voulu aller plus loin en déposant une proposition de loi visant à interdire la vente aux particuliers et à la réserver aux professionnels, tout en renforçant la prévention dans les établissements scolaires. Le texte a été adopté en première lecture à l’Assemblée nationale en janvier 2025. Mais là encore, la communication politique tend parfois à simplifier une réalité législative plus collective.
Entre militantisme et gestion municipale
Au final, le programme porté par le candidat de la liste LFI ressemble davantage à une plateforme militante qu’à un véritable projet de gestion municipale structuré. Beaucoup d’intentions, peu de priorités clairement hiérarchisées, et surtout aucune démonstration de faisabilité financière.
Les électeurs de Vénissieux devront donc trancher une question simple lors des prochaines municipales : ce programme représente-t-il un projet crédible pour gouverner la ville, ou simplement une nouvelle déclinaison locale d’un discours politique déjà bien connu ?

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