À Vénissieux, le score de Mokrane Kessi a t-il pénalisé Idir Boumertit ?

Le premier tour des élections municipales à Vénissieux laisse une impression difficile à ignorer : une gauche incapable de se rassembler et une population qui se détourne de plus en plus des urnes.

En tête du scrutin, la maire sortante Michèle Picard devance le député Idir Boumertit, candidat soutenu par La France insoumise. Un résultat serré, mais qui en dit long sur les fractures politiques locales. Car au lieu de proposer une alternative claire, la gauche s’est présentée éparpillée en plusieurs listes, donnant le sentiment d’une bataille d’ego plus que d’un projet collectif pour la ville.

Dans ce paysage déjà confus, la candidature de Mokrane Kessi a joué un rôle particulier. Avec quelques centaines de voix, son score ne lui permet évidemment pas de prétendre diriger la ville. Mais il a suffi pour perturber l’équilibre du scrutin.

Dans une élection chaque voix compte, ces suffrages auraient très bien pu permettre à la liste insoumise de passer devant la maire sortante. Au lieu de cela, la division a profité à Michèle Picard, qui aborde désormais le second tour en position plus confortable.

La question se pose donc clairement : à quoi aura servi cette candidature ? À porter une voix différente, peut-être. Mais dans les faits, elle aura surtout contribué à affaiblir un camp déjà morcelé. Résultat : au lieu d’un débat clair sur l’avenir de la ville, les électeurs assistent à un règlement de comptes politique chacun joue sa partition.

Mais le problème le plus inquiétant n’est peut-être pas là. Le véritable signal d’alarme, c’est l’abstention massive avec un taux de 62,94%, avec 31 434 inscrits et seulement 11 650 émargements. Une grande partie des habitants de Vénissieux, surtout sur le plateau des Minguettes, n’a même pas jugé utile de se déplacer pour voter. Ce désintérêt grandissant est un symptôme sérieux : beaucoup ne croient plus que ces élections changeront réellement leur quotidien.

Entre les querelles de chapelle, les candidatures concurrentes et les stratégies de second tour, la politique locale donne parfois l’image d’un jeu fermé sur lui-même. Pendant ce temps, les électeurs décrochent.

Et pourtant, dans ce contexte, les quelques centaines de voix obtenues par Mokrane Kessi pourraient devenir décisives. S’il donne une consigne de vote, il peut peser sur l’issue du second tour. S’il ne le fait pas, ses électeurs décideront chacun de leur côté… ou choisiront, une fois encore, de rester chez eux.

Au fond, cette élection résume un paradoxe : quelques centaines de voix peuvent décider du résultat, alors même que des milliers d’habitants ne votent plus. Une situation qui en dit long sur l’état de la démocratie locale.

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