Samedi 28 mars 2026
Municipales 2026 · Résultats contestés
Quelques heures à peine après l’élection du nouveau maire Idir Boumertit, un recours officiel a été déposé devant le tribunal administratif de Lyon. D’autres pourraient suivre. Vingt-cinq voix d’écart : le scrutin du 22 mars ne s’est pas conclu sans laisser des traces.
La campagne électorale vénissiane n’a décidément pas voulu se terminer en douceur. Alors que le conseil municipal d’installation se réunissait ce samedi 28 mars pour officialiser l’élection d’Idir Boumertit à la tête de la ville, un premier contentieux a été officialisé via un communiqué de presse de la liste Vénissieux Plurielle.
Pour rappel, la tête de liste LFI, Idir Boumertit a devancé la maire sortante communiste Michèle Picard de seulement vingt-cinq voix au second tour — soit respectivement 34,1 % et 33,9 % des suffrages. Un écart si ténu qu’il ouvre mécaniquement la voie aux contestations.
La liste Vénissieux Plurielle, conduite par Pascal Dureau (20,4 % au second tour), a officiellement annoncé le dépôt d’une protestation électorale devant le tribunal administratif de Lyon évoquant dans son communiqué, plusieurs griefs : des soupçons sur les conditions de maintien d’une liste concurrente, des interrogations sur l’usage de logos politiques susceptibles d’avoir induit des électeurs en erreur, des irrégularités d’affichage pendant la campagne, ainsi qu’un climat de campagne jugé particulièrement dégradé. Pascal Dureau y souligne que, lorsqu’une élection se joue à vingt-cinq voix, chaque irrégularité potentielle compte.
« Dans une démocratie, demander au juge de contrôler la régularité d’un scrutin n’est pas un acte de défiance envers les électeurs ; c’est un acte de responsabilité et de respect envers leur suffrage. »
Pascal Dureau, tête de liste Vénissieux Plurielle
Ce recours est d’autant plus notable que, le lendemain du second tour, le même Pascal Dureau avait affirmé au Progrès ne pas avoir l’intention d’en déposer un. Le revirement est significatif. Selon lui, la participation à ce scrutin de la liste d’extrême droite de Quentin Taïeb — placé en garde à vue quelques jours avant le premier tour dans le cadre d’une enquête pour suspicion de fraude électorale — aurait rendu le résultat final « insincère ». Sa candidature n’aurait pas dû, estime-t-il, être validée par la préfecture. La liste Taïeb avait recueilli 11,5 % des suffrages. L’enquête, elle, est toujours en cours.
Ce premier recours officiel ne devrait pas être le seul. Selon des rumeurs recueillies en marge du conseil municipal, un autre candidat devrait également saisir la juridiction administrative en invoquant des irrégularités.
Quant à l’ancienne maire Michèle Picard (PCF), interrogée par le Progrès à la sortie du conseil, elle s’est refusée à tout commentaire direct sur d’éventuelles démarches juridiques, se contentant d’un laconique « vous le saurez en temps et en heure ». Ni oui, ni non. Dans les travées de la salle du conseil, les rumeurs évoquaient pourtant un recours de sa part. Des échos locaux font par ailleurs état d’un autre recours en préparation, émanant d’une liste opposée à La France Insoumise.
C’est désormais au tribunal administratif de Lyon qu’il reviendra de trancher. Si les recours aboutissent et que le scrutin est annulé, de nouvelles élections devront être organisées — une perspective dont les conséquences, politiques comme humaines, restent difficiles à mesurer pour une ville de 65 000 habitants.
Éditorial
Vénissieux : quand les urnes ne suffisent plus
Point de vue de la rédaction
Vingt-cinq voix. C’est le fil sur lequel tient, pour l’instant, la légitimité du nouveau maire de Vénissieux. Un fil si mince qu’il était prévisible de le voir tendu jusqu’à la rupture. Les recours déposés devant le tribunal administratif de Lyon étaient, dans ce contexte, presque inévitables. La loi le permet. La démocratie l’admet. Soit.
Mais posons la question qui dérange : est-ce vraiment bon pour les Vénissians ? Pas pour les appareils politiques, pas pour les états-majors de liste — pour les habitants, eux qui se sont déplacés, ou qui ont choisi de ne pas le faire.
Car c’est là que le bât blesse. Ces élections se sont déroulées dans un contexte d’abstention déjà préoccupant. Une proportion importante des Vénissians n’a pas voté, indifférente ou lasse d’une campagne marquée par une garde à vue retentissante, des tensions et, selon les recours eux-mêmes, un « climat particulièrement dégradé ». Et voilà qu’après les urnes, le feuilleton continue devant les juges. De quoi décourager définitivement ceux qui hésitaient encore à s’engager dans la vie civique locale.
La majorité nouvellement élue parlera de revanche, voire d’acharnement de la part des perdants. Les requérants, eux, se draperont dans la défense de la sincérité du scrutin. Les deux discours ont leur cohérence. Mais ni l’un ni l’autre ne répond à la vraie question : que ressent l’électeur ordinaire de Vénissieux en apprenant que le résultat qu’il a produit — en se levant tôt un dimanche de mars — est peut-être voué à être invalidé ?
Il y a quelque chose de profondément usant dans ce spectacle. Non pas parce que la justice n’a pas sa place dans la vie démocratique — elle en est un pilier. Mais parce que, dans l’esprit de nombreux citoyens, le recours aux tribunaux après chaque scrutin serré finit par brouiller un message pourtant simple : votre vote compte. Lorsque le résultat peut être défait par des juristes, certains se demandent pourquoi ils auraient pris la peine de glisser un bulletin dans l’urne.
On pourrait espérer que, quelle que soit l’issue juridique, les acteurs politiques de Vénissieux aient à cœur de rassurer leurs concitoyens plutôt que de les tenir en haleine pour de mauvaises raisons. Une ville de 65 000 habitants mérite des élus — et des candidats malheureux — capables de placer l’intérêt général au-dessus de leurs calculs partisans. Ce n’est, hélas, pas toujours ce que ce début de mandat laisse augurer.

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