Le résultat final avait été douloureux : 25 voix d’écart seulement, en mars dernier, ont suffi à faire basculer la mairie de Vénissieux après neuf décennies de gestion communiste. Idir Boumertit, à la tête d’une coalition mêlant des militants insoumis, d’anciens socialistes, d’ex soutien d’Yves Blein (ex député macroniste) et ex-écologistes, est désormais maire. Et Michèle Picard, l’ancienne édile, siège désormais dans l’opposition — une position manifestement inconfortable pour son camp.
Le premier signe de cette difficulté d’adaptation ? Michèle Picard elle-même n’a pas souhaité prendre la présidence du groupe d’opposition. C’est Aurélien Scandolara qui occupe ce rôle. Une discrétion surprenante de la part d’une figure politique qui a incarné pendant des années l’identité de la ville. Pudeur tactique, retrait volontaire ou désaccord interne ? La question reste ouverte.
Un recours et beaucoup de frustration
Signe supplémentaire que la défaite reste difficile à accepter : un recours électoral a été déposé par la liste Picard. Une démarche juridiquement légitime dans une élection aussi serrée, mais qui contribue à entretenir une atmosphère de contestation plutôt que d’acceptation du verdict des urnes. Le groupe semble vouloir occuper simultanément deux postures contradictoires : celle du recours légal d’un côté, celle de l’opposition constructive et républicaine de l’autre.
« faut-il rappeler que Idir Boumertit a été élu adjoint pour la première fois en 2001 ? et qu’il partage donc largement lui-même sa part de notre bilan après 25 ans à nos côtés ? » Une phrase formulée sous forme de question dans le communiqué — ce qui en dit long sur l’embarras qu’elle provoque.
L’argument qui se retourne contre ses auteurs
Le clou du communiqué — et sans doute son passage le plus révélateur — concerne la trajectoire politique d’Idir Boumertit lui-même. Le texte rappelle, avec une satisfaction à peine dissimulée, que le nouveau maire a été élu avec les communistes, pour la première fois en 2001 et qu’il a donc exercé des responsabilités aux côtés des communistes pendant plus de vingt ans. L’implication est limpide : il ne peut pas critiquer un bilan dont il est lui-même coresponsable.
Argument potentiellement dévastateur — sauf qu’il est formulé dans le communiqué sous forme de question rhétorique, avec des points d’interrogation et de suspension qui trahissent une gêne certaine. Car en brandissant cet argument, le groupe Picard admet implicitement avoir longtemps intégré en son sein l’homme qu’il présente aujourd’hui comme un traître ou un opportuniste. Difficile de faire de Idir Boumertit un adversaire crédible tout en reconnaissant l’avoir choisi comme adjoint pendant deux décennies et demie.
L’inventaire des réussites : se défendre avant d’attaquer
Une grande partie du communiqué est en réalité consacrée… à l’éloge de la gestion passée. Éducation, environnement, label « Territoire Énergie » quatre étoiles, distinctions sportives, quatre fleurs, démocratie participative avec les conseils de quartier et les 8 000 Vénissians mobilisés en 2025 : la liste est longue et méticuleusement dressée. C’est compréhensible — mais c’est aussi le signe que le groupe est encore en mode défensif plutôt qu’offensif.
On perçoit dans ce texte moins un programme d’opposition structuré qu’un réflexe d’auto-justification. Plutôt que de décrire ce que le groupe entend proposer pour Vénissieux dans les années à venir, il s’emploie à démontrer que la gestion antérieure était exemplaire. Ce n’est pas tout à fait la même chose.
La métropole, angle mort de la campagne
Le communiqué pointe aussi un vrai sujet : la montée de la droite à la métropole de Lyon, et ses potentielles conséquences pour les Vénissians en matière de logement, de mobilité, de politique envers les seniors et les personnes handicapées. Le groupe reproche à Boumertit de n’avoir pas dit un mot face à cette menace lors de ses premiers discours de maire.
Mais là encore, l’argument se retourne. Car c’est précisément la division choisie par LFI à Vénissieux qui, selon le communiqué lui-même, aurait envoyé neuf élus de droite sur onze à la métropole et contribué au basculement politique de l’institution. En d’autres termes : la gauche unie aurait peut-être évité ce scénario. La gauche qui a choisi la division, c’était qui, déjà ?
Des séances de conseil qui s’annoncent mouvementées
Une chose est certaine : le groupe « Unir, Résister, Agir » ne compte pas rester silencieux. Dès le premier conseil municipal, il a demandé à être associé aux représentations de la ville dans des structures comme l’APASEC et la SACOVIV, deux outils historiques de la politique vénissiane. Le maire Boumertit, visiblement embarrassé selon le communiqué, aurait renvoyé la question à plus tard.
Avec huit élus déterminés, un recours en cours, une identité forgée sur neuf décennies de pouvoir local et une frustration encore vive, l’opposition s’annonce bavarde et combative. Les conseils municipaux de Vénissieux risquent d’être, dans les mois qui viennent, tout sauf tranquilles.

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