Vénissieux : Alliance Police Nationale demande davantage de moyens

Depuis quelques jours, les habitants des numéros 103 à 127 du boulevard Joliot-Curie et des 50-52 rue Joannes-Vallet vivent une situation inédite : plus de courrier, plus de colis. La Poste a suspendu ses tournées. Ce n’est pas nouveau sur Vénissieux, car dans certains autres quartiers, Chronopost a suspendu ses livraisons depuis plusieurs mois. Motif invoqué : « garantir la sécurité des facteurs ». En cause, une série de fusillades — au moins quatre depuis le 29 mars — dont la dernière, vendredi soir, a fait un blessé.

Ce n’est plus un fait divers. C’est un aveu d’impuissance collective.

Le syndicat Alliance tire la sonnette d’alarme

Dans un communiqué publié samedi et publié dans la presse locale, notamment dans le Progrès, Alliance Police Nationale ne mâche pas ses mots : « La suspension du courrier à Vénissieux n’est pas un incident isolé : c’est le symptôme d’un territoire où même les services publics ne sont plus en sécurité. »

Le syndicat dresse un constat sévère sur l’agglomération lyonnaise, évoquant  des fusillades en pleine journée, règlements de comptes, menace croissante pour les riverains. Et réclame des renforts massifs : au moins 300 policiers supplémentaires, dont 100 officiers de police judiciaire, pour « reprendre le contrôle des territoires ».

« Quand un facteur ne peut plus exercer sans risquer sa vie, c’est la République qui recule »

Une municipalité sans leviers

Du côté de la mairie de Vénissieux, le discours est rodé. La sécurité relève du domaine régalien : police nationale, justice, renseignement. Les élus locaux peuvent déplorer, alerter, interpeller l’État. Ils ne peuvent pas déployer des brigades.

Cette répartition des compétences, constitutionnellement fondée, laisse pourtant les habitants face à un vide. La municipalité n’a pas les moyens d’agir sur le terrain ; l’État, lui, peine à y maintenir une présence durable. Entre les deux, ce sont les services publics du quotidien — facteurs aujourd’hui, peut-être livreurs ou soignants demain — qui jettent l’éponge.

Et les habitants, dans tout ça ?

Derrière les communiqués et les déclarations, il y a des gens. Des locataires qui ne reçoivent plus leurs factures, leurs ordonnances, leurs courriers administratifs. Des familles qui entendent des coups de feu depuis leur fenêtre — parfois en plein après-midi. Des parents qui s’inquiètent pour leurs enfants en fonction des « zones à éviter ».

Pour eux, le débat sur les compétences régaliennes sonne creux. Ce qu’ils voient, c’est un boulevard où La Poste a renoncé, où la police intervient après les tirs mais ne peut empêcher les suivants, et où la vie quotidienne se réorganise autour de la peur.

Un symptôme, pas une exception

Vénissieux n’est ni le premier ni le dernier cas. D’autres quartiers, en France et dans l’agglomération lyonnaise et ailleurs, connaissent des tensions similaires. Mais la suspension d’un service public aussi banal que la distribution du courrier a une charge symbolique forte. Elle matérialise, noir sur blanc, le recul de l’État dans certains territoires.

La question n’est plus de savoir si la situation est grave — elle l’est. Elle est de savoir combien de temps encore les discours sur les « renforts », les « moyens » et les « réponses globales » pourront tenir lieu de politique.

En attendant, boulevard Joliot-Curie, les boîtes aux lettres restent vides.

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