À quelques heures seulement de la clôture officielle de la campagne du second tour des élections municipales, la maire sortante de Vénissieux, l’équipe de campagne de Michèle Picard, a publié — le 19 mars — sur sa page Facebook de campagne une invitation à célébrer la fin du Ramadan dans son local électoral situé au 70 avenue Jean Jaurès.

Le choix de la date n’a rien d’anodin : le 19 mars correspond à la veille de l’Aïd el-Fitr, fête marquant la rupture du jeûne et moment important pour de nombreux habitants de confession musulmane et qui est célébré ce 20 mars 2026. Le message évoque « un moment de solidarité et de partage ». Sur le principe, difficile de contester la portée symbolique d’une telle initiative. Mais, comme souvent en politique, le fond ne suffit pas à dissiper toutes les interrogations sur la forme… et surtout sur le timing.
Car ce qui interpelle, ce n’est pas tant l’événement en lui-même que son apparition soudaine dans l’agenda public. Durant toute la mandature 2020-2026, aucun événement de ce type — ni message de l’Aïd, ni initiative comparable à destination des habitants de confession musulmane — n’avait été particulièrement mis en avant par la municipalité. Une discrétion constante, presque exemplaire… jusqu’à la veille d’un scrutin décisif.
Il aura donc fallu attendre les dernières heures de la campagne pour voir émerger ce « moment de partage ». Une coïncidence, sans doute. Ou, pour les plus sceptiques, une soudaine illumination républicaine à forte intensité électorale.
Le choix du lieu — un local de campagne — ajoute une couche supplémentaire à cette impression. L’événement, présenté comme convivial et rassembleur, s’inscrit pourtant dans un cadre explicitement politique, à un moment où chaque geste, chaque message, chaque symbole est soigneusement pesé.
Dès lors, une question s’impose, sans excès mais sans naïveté : s’agit-il d’une évolution sincère dans la manière de considérer et d’inclure tous les habitants, ou d’une initiative opportunément alignée avec le calendrier électoral ? Chacun se fera son opinion.
En matière de confiance publique, la constance a souvent plus de valeur que les élans tardifs. Et les citoyens, eux, ont généralement bonne mémoire — y compris lorsqu’on tente de la raviver à la dernière minute. Et c’est souvent dans la durée, plus que dans l’instant, que les citoyens évaluent la sincérité des démarches politiques.

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