Il y a des phrases qui font tilt. Celle d’Idir Boumertit ce lundi 26 octobre à Vénissieux en fait partie. Devant 150 personnes réunies pour les victimes de Trappes, le maire a dit une chose simple : « Cet attentat raciste est aussi islamophobe. »
Trois jours après la fusillade des Yvelines qui a tué Pengo Bossio Wangi et blessé cinq autres personnes, le mot a pris. Il a même fait réagir Pierre Alain Miller ex adjoint communiste, qui a publié un texte sur son compte FaceBook où il qualifie cette prise de position d’« irresponsable et qui divise ».
Le reproche est précis : selon lui, qualifier le crime d’islamophobe alors que la victime est chrétienne — c’est son affirmation, qu’aucune source officielle ne confirme — reviendrait à masquer « le racisme pur et dur » derrière une étiquette religieuse.
Rappelons à l’ex adjoit PCF, que l’islamophobie ne dépend pas de la foi de la victime. C’est une violence qui s’attaque à l’apparence, au nom, au quartier. Un chrétien ou un athée peut très bien être visé pour ce qu’il resssemble, pas pour ce qu’il croit. Le procureur antiterroriste a confirmé que plusieurs victimes portaient des noms à consonance africaine ou maghrébine. Le mobile, c’est cela, pas un registre paroissial.
Ensuite, Boumertit n’a rien inventé. Le maire de Trappes lui-même, Ali Rabeh, a utilisé exactement la même formulation. La gauche locale n’est donc pas en train de s’égarer — elle répète ce qui se dit déjà sur place.
Reste le cœur du problème. L’ancien adjoint communiste oppose deux combats : le racisme général d’un côté, l’islamophobie de l’autre. Comme s’il fallait choisir entre eux.
En réalité, un habitant de Vénissieux peut subir les deux en même temps. Le racisme anti-noir, l’islamophobie, le mépris social. Boumertit essaie juste de les nommer.
Dans le contexte actuel — les élections municipales de mars annulées par le tribunal administratif, le maire maintenu par défaut — cette polémique interne prend une couleur particulière. Chacun sait que Vénissieux attend de son premier magistrat autre chose qu’un combat linguistique.
Mais le mot « islamophobie » reste. Trois jours après un massacre. Sur la place de l’hôtel de ville. Et ça, personne ne pourra l’effacer.

Soyez le premier à commenter