Vénissieux : le PCF dénonce la division de la gauche, mais oublie ses propres contradictions

Les communistes de Vénissieux ont publié un long texte contre le maire LFI Idir Boumertit. En le lisant attentivement, on y trouve autant de questions sur ses auteurs que sur sa cible. L’élection municipale de mars à Vénissieux a laissé des traces. Vingt-cinq voix d’écart, une abstention record de 62 %, et une décision du tribunal administratif encore attendue. Dans ce contexte tendu, le PCF vénissian a choisi de hausser le ton avec un texte sévère contre Idir Boumertit, le nouveau maire LFI. Le message central : la gauche s’est divisée, le RN en profite, et c’est la faute de Boumertit.

Le raisonnement tient en partie. Mais à lire le texte ligne à ligne, plusieurs points accrochent.

En 2014, diviser la gauche était une bonne idée

Le texte du PCF dénonce avec force la division de la gauche locale. Puis, quelques paragraphes plus loin, il s’en vante. Les communistes rappellent eux-mêmes qu’en 2014 et 2015, ils ont construit leur majorité avec LFI en écartant délibérément les socialistes jugés trop proches de la politique nationale — ceux qu’ils appellent les « socialistes macronisés » — et notamment Lotfi Ben Khelifa, aujourd’hui allié de Boumertit. Autrement dit : exclure une partie de la gauche pour former une majorité plus cohérente, c’était une stratégie assumée et revendiquée par le PCF lui-même pendant dix ans. Aujourd’hui que c’est lui qui se retrouve exclu, la même mécanique devient soudainement une « faute stratégique » et un « cadeau pour le RN ».

Ce que le texte dit sans le dire : la division de la gauche vénissiane ne date pas de mars 2025. Elle a été pratiquée bien avant — et par les mêmes qui la dénoncent aujourd’hui.

L’union ? Oui, mais à leurs conditions

Le PCF se présente dans son texte comme celui qui a toujours tendu la main. Il liste les propositions communes faites à LFI : pétition pour la gare, lettre au préfet, rencontre anti-RN en 2024. Des initiatives réelles, dont certaines ont effectivement été ignorées par LFI. Soit.

Mais le texte admet aussi, entre les lignes, que cette main tendue avait ses limites. Quand la mobilisation syndicale était forte, les deux partis se retrouvaient — « sans dialogue politique », précise le texte lui-même. Ce détail est révélateur : l’union se faisait dans la rue, mais pas autour d’une table. Si le dialogue politique n’existait pas lorsque le PCF était encore au pouvoir, difficile d’en rendre LFI seul responsable.

Le retrait de 2022 : une blessure passée sous silence

Le texte mentionne rapidement, presque en passant, un épisode qui explique pourtant beaucoup de la tension actuelle : en 2022, Paris — c’est-à-dire la direction nationale du PCF — a imposé aux communistes vénissians de céder leur circonscription historique à LFI. Une décision venue d’en haut, que les militants locaux n’ont pas choisie.

Le texte présente cela comme une preuve de bonne volonté, un sacrifice consenti pour l’unité. Mais c’est aussi l’aveu que les tensions entre PCF et LFI à Vénissieux ne viennent pas uniquement des ambitions personnelles d’Idir Boumertit. Elles s’alimentent d’une histoire plus longue, faite de décisions imposées, de frustrations accumulées, et de rapports de force qui ont évolué bien avant les élections de mars.

Appeler au débat public, une posture nouvelle

Le passage le plus frappant du texte est sans doute le « défi » lancé au maire : accepter une rencontre publique contradictoire devant les habitants. L’idée est légitime, et Boumertit aurait effectivement tout intérêt à l’accepter.

Mais les Vénissians qui ont suivi la vie politique locale ces dernières années savent que Michèle Picard, l’ancienne maire communiste, n’était pas particulièrement connue pour organiser ce type de confrontation publique ouverte à tous. Réclamer le débat depuis les bancs de l’opposition, c’est infiniment plus facile que de l’avoir pratiqué quand on tenait les rênes de la ville.

L’inauguration du centre aquatique : qui récolte ce que d’autres ont semé ?

Le texte s’indigne qu’Idir Boumertit inaugure le centre aquatique Delaune en s’en attribuant le mérite, alors que ce projet a été lancé et porté par l’ancienne majorité communiste. C’est une frustration compréhensible.

Sauf que le texte lui-même décrit Boumertit comme quelqu’un qui a fait partie de cette majorité pendant vingt-cinq ans. S’il était là depuis le début, difficile de dire qu’il n’a aucune légitimité à inaugurer un équipement qu’il a, au moins en partie, contribué à faire avancer — même si la rupture politique est venue ensuite.

Ce que le texte a raison de dire

Rien de ce qui précède ne signifie que les communistes vénissians ont tort sur tout. La progression du RN — de un à trois élus municipaux en douze ans, plus un siège à la métropole — est un fait documenté et préoccupant. L’abstention de 62 % est un signal d’alarme réel. Et l’alliance entre LFI et des élus longtemps opposés à la gauche radicale mérite d’être expliquée aux habitants, clairement et publiquement.

Ces questions sont sérieuses. Mais elles auraient plus de poids si elles étaient posées avec un peu plus d’humilité, et un peu moins de certitude sur le fait que l’ancien camp représentait forcément le bon camp.

En résumé : le texte du PCF vénissian est honnête sur les chiffres, mais moins honnête sur l’histoire. Il accuse Boumertit de diviser — tout en reconnaissant avoir lui-même pratiqué l’exclusion. Il appelle au débat — sans mentionner que ce débat brillait par son absence quand il n’en avait pas besoin. Ce n’est pas une raison de le jeter à la poubelle. C’est une raison de le lire avec un œil critique.

Article d’analyse de l’article publié sur le site Le Vénissian (PCF) · Vénissieux, juin 2026

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