Les tirs survenus samedi soir aux Minguettes ont profondément choqué les habitants. Des coups de feu ont été tirés à proximité immédiate d’immeubles habités, mettant en danger des familles et des enfants. Ces faits graves appellent une réponse ferme et efficace de l’État. Mais la proposition formulée dans un communiqué par Quentin Taïeb, candidat UDR-RN à la mairie de Vénissieux pour 2026, soulève de nombreuses interrogations.
Dans son communiqué de presse, le candidat demande le déploiement de l’armée en appui des forces de sécurité intérieure afin de « reprendre le contrôle du terrain » et de « démanteler les points de deal ». Une demande qui, au-delà de son caractère spectaculaire, apparaît largement déconnectée du cadre juridique et opérationnel existant.
Une confusion entre sécurité intérieure et défense nationale
En France, la lutte contre la criminalité organisée et le trafic de stupéfiants relève de la police nationale et de la gendarmerie. Ces forces sont spécifiquement formées pour intervenir en milieu urbain, conduire des enquêtes judiciaires et agir sous l’autorité de magistrats. L’armée, dont la mission première est la défense du territoire et des frontières, n’a ni la formation ni les prérogatives nécessaires pour mener ce type d’opérations.
Les dispositifs militaires déployés ponctuellement sur le territoire national, comme l’opération Sentinelle, se limitent à des missions de surveillance et de dissuasion. Ils n’ont pas vocation à effectuer des contrôles, des interpellations ou des démantèlements de réseaux criminels.
Une demande sans fondement institutionnel
Autre point soulevé par ce communiqué : l’annonce d’un courrier adressé au ministre de l’Intérieur pour réclamer l’intervention de l’armée et une mise sous tutelle de la commune. Or, ces décisions ne relèvent ni des compétences d’un maire, ni a fortiori de celles d’un candidat à une élection municipale.
Le déploiement de forces armées sur le territoire national obéit à des règles strictes et relève de décisions gouvernementales exceptionnelles. Quant à une éventuelle mise sous tutelle d’une collectivité, elle ne peut intervenir que dans un cadre juridique précis, à l’issue de procédures administratives ou judiciaires, et non par déclaration politique.
Des forces de sécurité déjà mobilisées et équipées
Contrairement à ce que laisse entendre le communiqué de presse de M Taieb, la police nationale et la gendarmerie disposent de moyens adaptés pour faire face à ce type d’interventions, y compris d’unités spécialisées et lourdement armées. La question posée est moins celle de leur légitimité ou de leur capacité que celle des effectifs, de la durée des moyens engagés et de la coordination des actions sur le long terme.
Opposer police et armée revient à simplifier à l’extrême un enjeu complexe, qui nécessite avant tout une stratégie globale, mêlant sécurité, justice et prévention.
Une tonalité qui interroge à l’approche des municipales
Enfin, la rhétorique employée — références aux « zones de non-droit », dénonciation d’une République prétendument absente, appel à des mesures d’exception — s’inscrit dans un registre politique déjà largement utilisé par l’extrême droite. Un choix de vocabulaire et de propositions qui ne manquera pas de nourrir le débat à l’approche des élections municipales de 2026.
Face à une situation sécuritaire préoccupante, les habitants de Vénissieux attendent avant tout des réponses concrètes, efficaces et respectueuses des institutions. La surenchère et les annonces spectaculaires ne sauraient remplacer un travail sérieux et durable au service de la sécurité de tous.

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