LFI en campagne : ils promettent la rupture… après des années de complicité silencieuse

Pas de local de campagne, une présence sur les réseaux sociaux limitée au strict minimum, quelques passages sur les marchés… et Lotfi BenKhélifa — ancien du PS, aujourd’hui sans étiquette clairement définie — a partagé sur sa page Facebook celle du candidat officiel, Idir Boumertit, pour diffuser le projet municipal de La France insoumise (LFI). Une situation pour le moins révélatrice : qui mène réellement cette campagne ? Le local ou le national ? Le citoyen vénissian ou l’appareil mélenchoniste ?

Car derrière une présentation soignée et un vocabulaire bien rodé, ce programme révèle un profond décalage avec les réalités du terrain. Il ne répond pas aux attentes des habitants ; il les contourne.

L’insécurité sociale, oui — l’insécurité tout court, non

Le document martèle à l’envi le concept d’« insécurité sociale », comme si nommer la pauvreté suffisait à la résoudre. Personne ne conteste l’urgence sociale à Vénissieux. Mais ce qui frappe, c’est le mutisme absolu sur l’insécurité physique, pourtant omniprésente dans les conversations de quartier.

Agressions, trafics de drogue, squats sauvages, incivilités répétées, sentiment d’abandon dans certains secteurs… autant de sujets que le programme balaye d’un revers de main idéologique. Quand il évoque la « tranquillité publique », c’est pour proposer des formules floues : médiation, propreté, prévention. Rien de concret. Rien de crédible.

Et surtout, pas un mot sur l’armement de la police municipale — question pourtant centrale. Car LFI, fidèle à sa ligne, refuse catégoriquement d’équiper les agents locaux. Comment alors rassurer des habitants qui se sentent vulnérables au quotidien ? On leur parle de justice sociale, mais on leur refuse les moyens de sécurité les plus élémentaires. C’est cynique. Ou naïf. Peut-être les deux.

Mélenchon en vedette, Boumertit en figurant ?

Autre curiosité : Jean-Luc Mélenchon trône en bonne place sur les affiches, alors qu’il n’a strictement rien à faire à Vénissieux. Il ne se présente pas, n’est pas colistier, n’a jamais gouverné la ville. Sa présence relève d’une stratégie bien connue : parasiter l’élection locale avec une figure nationale clivante, espérant que son aura — ou sa polarisation — fera le travail à sa place.

C’est une forme de mépris : comme si les enjeux municipaux étaient trop petits pour exister sans la caution d’un leader parisien. Comme si les électeurs vénissians devaient voter non pour un projet local, mais pour un symbole lointain. Cette personnalisation excessive trahit une absence de vision propre à la ville.

Écologistes repentis, socialistes recyclés

La liste s’orne aussi de transfuges écologistes, soudainement « en rupture » avec la majorité sortante. Pourtant, pendant des années, ces mêmes élus ont soutenu — ou toléré en silence — la gestion communiste de Vénissieux. Aucune opposition sérieuse, aucune alerte forte sur la dégradation de la sécurité, la crise de la propreté, l’opacité démocratique ou la désaffection économique.

Leur conversion soudaine ressemble moins à une prise de conscience qu’à un calcul électoral opportuniste. Et les anciens socialistes présents sur la liste ? Leur présence n’étonne guère : à Vénissieux comme ailleurs, changer de camp est devenu une spécialité locale. Mais cela ne constitue ni une alternative claire, ni un renouveau idéologique.

Quant au représentant du Parti de gauche, il illustre parfaitement le problème : une formation sans base, sans visibilité, sans ancrage. Une simple case cochée pour donner l’illusion d’une « diversité » politique, alors qu’elle ne correspond à aucune réalité militante sur le terrain.

Un projet hors-sol, pensé à Paris ?

Au final, ce programme donne l’impression d’avoir été conçu dans les bureaux parisiens de LFI, puis parachuté à Vénissieux sans véritable dialogue avec les habitants. Beaucoup de jargon, peu de pragmatisme. Beaucoup de postures, peu de propositions concrètes.

Les Vénissians n’ont pas besoin de slogans nationaux ni de théâtre idéologique. Ils attendent des réponses fermes à leurs problèmes quotidiens : sécurité, propreté, transparence, attractivité. Or ce projet esquive systématiquement les questions gênantes, préférant se réfugier dans une rhétorique confortable mais creuse.

Dire « tout va changer » n’a de sens que si ceux qui le disent assument aussi ce qu’ils ont laissé se dégrader hier. À Vénissieux, ce n’est pas une promesse de rupture qu’il faut — c’est une preuve de lucidité. Et celle-ci, pour l’instant, fait cruellement défaut.

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