« Pour qui roules-tu ? » — Le PCF vénissian coupe les ponts avec Gérin

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Après la défaite historique du PCF à Vénissieux — bastion communiste depuis 1944 perdu à 25 voix près — la section locale du Parti communiste sort du silence et s’en prend publiquement à André Gérin, ex député-maire de la ville. Dans un communiqué cinglant, les communistes vénissians lui demandent de ne plus mêler leur organisation à ses déclarations. Une mise au point qui soulève une question : pourquoi avoir attendu l’après-élection ?

Un bastion tombe à 25 voix près

Le 22 mars 2026, Vénissieux a vécu un séisme politique. Idir Boumertit (LFI) a devancé la maire sortante Michèle Picard (PCF) de seulement 25 voix, mettant fin à plus de 80 ans de gouvernance communiste ininterrompue. Un résultat d’une extrême étroitesse — 34,11 % contre 33,90 % — dans une ville où l’abstention a frôlé les 62 %.

C’est dans ce contexte de défaite douloureuse que la section du PCF de Vénissieux a rendu public un communiqué à destination d’André Gérin, ex-député-maire, ex-communiste, figure tutélaire de la politique locale pendant des décennies.

« Pour qui roules-tu ? » : le communiqué qui interpelle Gérin

Le ton est direct, presque accusateur. Les communistes reprochent à André Gérin d’avoir, une fois de plus, monopolisé l’espace médiatique sur la thématique du communautarisme, au détriment du soutien à la liste Picard.

« Tu concentres cette déclaration sur les questions du communautarisme, d’une manière tellement excessive et hors sol que tes propos en deviennent au mieux inaudibles, au pire insupportables. »  Section PCF de Vénissieux

La section pointe une responsabilité directe dans la défaite : « Peut-être aurais-tu trouvé les 25 voix qui nous ont manquées ? » Une phrase qui résume la frustration d’un parti qui estime que Gérin aurait mieux servi la cause en faisant du porte-à-porte qu’en alimentant la polémique dans la presse.

Pire, les signataires accusent l’ancien élu d’avoir alimenté la droite et l’extrême droite : « Tu vois bien que la droite et l’extrême droite jubilent en te lisant. » Le PCF local estime que ses attaques contre les communistes ont fourni des armes à ceux qui, depuis le soir du second tour, se félicitaient publiquement « d’avoir viré les communistes ».

La section évoque également un incident pendant la campagne : selon le communiqué Gérin se serait imposé à un meeting consacré aux forces sociales de la ville « où il n’était pas prévu », cherchant selon eux à exister médiatiquement plutôt qu’à contribuer utilement.

Gérin et le communautarisme : une obsession documentée depuis des années

Pour comprendre la virulence du communiqué, il faut replacer cette sortie dans une longue série de déclarations d’André Gérin sur ces mêmes thèmes.

Pendant la campagne 2026 : Dans un texte publié quelques jours avant le second tour, Gérin s’en prenait violemment à Idir Boumertit et à son colistier Lotfi Ben Khelifa, les accusant d’être selon lui proches de « mouvements séparatistes et communautaires » et d’« ouvrir la voie au communautarisme et à l’islamisme politique ». Des propos que Boumertit avait qualifiés de « stigmatisants et injustifiés ». Même Michèle Picard, dont Gérin était pourtant un soutien, s’était distanciée de ces déclarations, jugeant le débat « clivant et polarisant ».

En septembre 2024 : VénissieuxInfos relevait déjà que Gérin, dans un entretien au Progrès, associait les « trafiquants » à une « connivence très étroite avec les islamistes », qualifiait Mélenchon d’idiot utile du Hamas, et parlait de « ghettos ethniques » plutôt que sociaux. Ce positionnement avait conduit notre site à s’interroger : à 78 ans, dans quelle direction politique Gérin cherchait-il réellement à aller ?

En 2019-2020 : Déjà, lors des municipales 2020, Gérin, alors président du comité de soutien de Michèle Picard, ne pouvait s’empêcher de mêler islam, communautarisme et sécurité dans ses prises de parole publiques. Michèle Picard elle-même n’avait jamais repris ces thèmes à son compte.

Pourquoi le PCF a-t-il attendu les élections pour réagir ?

C’est la question centrale que ce communiqué soulève, et elle mérite d’être posée franchement.

André Gérin a quitté le PCF en 2022, en désaccord avec la stratégie NUPES. Depuis lors, ses sorties publiques sur l’islamisme, le communautarisme et ses attaques contre LFI sont régulières, documentées, publiques. VénissieuxInfos les a relayées et commentées à plusieurs reprises. Pourtant, la section du PCF de Vénissieux est restée remarquablement silencieuse sur ces prises de position — tant que Gérin continuait à soutenir officiellement la liste Picard.

Ce n’est qu’après la défaite, une fois les 25 voix perdues, que la section prend la plume pour lui demander de « ne plus mêler les communistes à ses déclarations ».

On peut y voir plusieurs explications :

  • La logique du camp : tant que Gérin servait la cause électorale — apportant une notoriété, une caution historique — ses dérives étaient tolérées en silence. La défaite a rendu le calcul obsolète.
  • La recherche d’un bouc émissaire : avec seulement 25 voix d’écart, la tentation est grande de chercher qui a fait basculer le résultat. Gérin, avec ses déclarations clivantes en fin de campagne, fait figure de responsable idéal.
  • La rupture de la nécessité : Gérin n’est plus utile. Il n’y a plus d’élection à gagner avec lui. Le moment est venu de couper le cordon.

Le PCF local le dit lui-même dans son communiqué, avec une franchise qui mérite d’être soulignée : « Depuis des années, fuyant le débat entre communistes, tu t’es enfermé dans une dérive anticommuniste morbide. » Si c’est vrai depuis des années, pourquoi le dire seulement maintenant ?

Sur le fond : une ligne politique assumée

Au-delà du règlement de comptes, le communiqué exprime une ligne politique claire. Le PCF vénissian affirme que la réponse au communautarisme — sous toutes ses formes — ne peut venir que de l’unité du monde du travail, pas d’une surenchère identitaire. Il cite, dans un raccourci géopolitique audacieux, Trump, Zemmour, Ben Guyr et les dirigeants d’Al-Qaïda syrienne comme illustrations d’un même phénomène occidental de « division des peuples ».

Les signataires rappellent également que près de 4 000 Vénissians se sont mobilisés autour de leur liste, et qu’ils entendent « continuer à travailler » pour tisser des liens larges dans la ville.

La conclusion est sans appel :

« Tu as décidé de quitter le parti communiste, mais ton passé devrait te conduire à un minimum de respect pour l’histoire communiste de notre ville. Nous te demandons instamment de ne plus mêler la section et les communistes de la ville à tes déclarations, d’aucune manière que ce soit. »

— Section PCF de Vénissieux

Un divorce consommé, une page qui se tourne

Ce communiqué acte une rupture que les faits avaient dessinée depuis plusieurs années. André Gérin, figure majeure de l’histoire communiste vénissiane — maire de 1985 à 2009, député de 1988 à 2012 — est désormais persona non grata dans la maison qu’il a contribué à construire.

La question qui demeure, et que les urnes ont posée avec cruelle précision en 25 voix d’écart, c’est de savoir si ce divorce tardif aurait pu changer quelque chose, s’il avait été acté plus tôt, plus clairement, avant que la campagne ne soit gâchée par des polémiques que le PCF local reconnaît lui-même avoir laissé prospérer trop longtemps.

© VénissieuxInfos — Article basé sur le communiqué de la section PCF de Vénissieux et les archives du site.

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