
Sous le pseudonyme de Gracchus Babeuf — référence assumée au révolutionnaire égalitariste du XVIIIe siècle, et dont l’identité réelle semble être un secret de polichinelle dans les sphères politiques vénissiannes —, un post circule depuis quelques jours sur le réseau social FaceBook, dénonçant ce que ses auteurs présentent comme un recul démocratique sous la nouvelle municipalité Boumertit. Au menu des accusations : suppression des fêtes de quartier, arrêt des permanences des conseils de quartier, inquiétudes sur plusieurs délégations. Un texte qui ne manque pas de sel, signé d’une main qui connaît visiblement bien les arcanes de la mairie.
Une réunion, beaucoup d’amertume
Le post en question rend compte d’une réunion des soutiens de Michèle Picard en compagnie de l’ex première magistrate et d’ex élu-e, tenue un vendredi soir malgré la chaleur et les grands week-ends. L’ancienne maire y aurait réaffirmé sa conviction que l’élection — remportée par Idir Boumertit avec seulement une poignée de voix d’avance — sera annulée par les tribunaux, notamment en raison d’une intervention jugée irrégulière du journal Le Progrès la veille du scrutin. En attendant, son équipe se dit mobilisée : rencontres de quartier, porte-à-porte, et un « pique-nique républicain » d’ici le 14 juillet.
Une analyse des résultats électoraux y est présentée, imputant la victoire de la droite à la division de la gauche, avec notamment 2 000 à 3 000 abstentions supplémentaires par rapport aux scrutins précédents — un record dans la métropole selon les auteurs du post. LFI y est décrite comme ayant récupéré les voix de l’ancien socialiste rallié à Macron, tandis que la liste Picard aurait conservé environ 80 % de l’électorat de gauche unie de 2014. La conclusion politique est limpide pour les rédacteurs : la division de la gauche a offert la victoire à la droite, et LFI porte une lourde responsabilité.
Conseils de quartier : une accusation qui mérite d’être démêlée
Le point le plus concret — et le plus contesté — du post porte sur les conseils de quartier. L’opposition affirme qu’ils ont été purement et simplement arrêtes par la nouvelle majorité. La réalité administrative est sensiblement plus nuancée.
En fait, les conseils de quartier fonctionnent sur la base d’un mandat directement corrélé à celui du conseil municipal. Les présidents de conseil de quartier étant des élus, leur mandat s’est éteint avec le renouvellement municipal. Les délégués, quant à eux, disposaient selon l’ancien règlement d’un mandat de six ans calé sur le cycle électoral municipal. Dans tous les cas de figure — y compris si la majorité sortante avait été reconduite — une remise à zéro du dispositif était juridiquement inévitable.
Autrement dit, parler de « d’arrêt » est un raccourci trompeur. Les conseils de quartier ne sont pas arrêtés: ils sont en attente d’une remise en route légale, qui nécessite au préalable une délibération du conseil municipal. Cette délibération doit trancher plusieurs questions structurantes : redécoupage éventuel des territoires, mode de désignation du président, mode de désignation des délégués, missions redéfinies. Aucune majorité ne peut faire l’économie de cette étape sans s’exposer à une irrégularité.
Un argument qui se retourne contre ses auteurs
La majorité ne manque pas de le souligner : en 2014 comme en 2020, l’équipe de Michèle Picard avait elle-même mis un temps considérable avant de remettre en route les conseils de quartier après son installation. Le délai actuel — deux mois après l’élection — n’a donc rien d’exceptionnel ni de suspect. Ce que l’opposition présente comme une suppression politique est en réalité une procédure administrative ordinaire, identique à celle qu’elle a elle-même appliquée.
La nouvelle majorité a par ailleurs annoncé un nouveau dispositif de permanences hebdomadaires en mairie, chaque vendredi à partir du 5 juin, permettant à tout habitant de rencontrer un élu directement. Un format différent, mais qui témoigne d’une volonté affichée de maintenir le lien de proximité dans l’attente de la remise en route formelle des conseils de quartier.
Un jeu sur les mots qui dessert le débat
Au fond, ce que révèle cette polémique, c’est moins un désaccord sur les faits qu’une bataille de communication. L’opposition, qui peine à digérer une défaite inattendue après des décennies de gestion de la ville, choisit d’interpréter un vide administratif transitoire comme une décision politique délibérée. La majorité, de son côté, aurait tout intérêt à communiquer rapidement et officiellement sur le calendrier de remise en route des conseils de quartier, plutôt que de laisser le terrain libre aux interprétations.
Car si l’accusation de suppression relève davantage du procès d’intention que du fait avéré, à ce jour le silence de la mairie sur ce sujet nourrit légitimement l’inquiétude des Vénissians attachés à leur démocratie de proximité.
Du côté de la majorité, selon des informations non officielles, la réaction serait tranchée : les critiques formulées par l’ancienne équipe municipale seraient perçues comme le reflet d’une défaite difficile à digérer, plutôt que comme une opposition constructive.
Les Vénissians méritent une communication claire et rapide. Un calendrier officiel vaudrait mieux que tous les démentis.
Cet article s’appuie sur des sources publiques, le post de « Gracchus Babeuf » tel que transmis, ainsi que sur des éléments de réponse fournis par la majorité municipale.

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