Le 8 juillet, jour de canicule à 36°C, Michèle Picard a offert à Vénissieux l’une des séquences politiques les plus insolites de son après-mandat : un « conseil municipal populaire », sans la moindre valeur juridique, tenu à quelques mètres de l’Hôtel de Ville qu’elle ne dirige plus depuis mars.
Rappel du contexte : un recours, pas encore une décision
Deux recours ont été déposés devant le tribunal administratif pour contester le résultat des municipales de mars 2026, perdues par Michèle Picard pour seulement 25 voix face à Idir Boumertit (LFI) : l’un par le groupe communiste, l’autre par Pascal Dureau, qui représentait la droite. Tous deux visent la liste du Rassemblement National conduite par Quentin Taïeb, soupçonnée d’avoir présenté de faux justificatifs de domiciliation pour plusieurs colistiers.
À ce jour, aucune décision n’a été rendue. Le jugement n’est pas attendu avant l’automne, et un éventuel appel devant le Conseil d’État pourrait repousser l’épilogue de l’affaire jusqu’au premier semestre 2027. Autrement dit : rien ne dit, pour l’instant, que l’élection sera annulée et qu’un nouveau scrutin aura lieu. Michèle Picard et son équipe, eux, semblent déjà s’être installés dans cette hypothèse, en présentant leurs délibérations comme une préfiguration de « ce qu’ils auraient fait ». L’avenir le dira.
Un conseil municipal… sans conseil municipal
C’est là que l’épisode devient cocasse. Après une conférence de presse pour détailler les motifs du recours, Michèle Picard n’a pas simplement tenu meeting : elle a convoqué et présidé, sous des barnums plantés place de la Paix, un « conseil municipal populaire », avec des « adjoints » qu’elle a elle-même désignés, devant une cinquantaine de personnes. Une dizaine de délibérations — plan fraîcheur, budget participatif, renforcement de la police municipale, conseil citoyen de la jeunesse… — y ont été « votées à l’unanimité », sans opposition, pour la bonne raison qu’il n’y en avait pas : ce conseil n’a aucune existence légale, aucune portée constitutionnelle, et ne lie strictement personne.
En clair, c’est un exercice de mise en scène : une ex-maire, non réélue et dont l’élection est simplement contestée en justice, qui rejoue les gestes d’un conseil municipal — micro, ordre du jour, votes à main levée — sans aucun des pouvoirs qui vont avec. La séquence a été filmée, montée avec sous-titres, puis diffusée sur les réseaux sociaux, y compris sur TikTok, format qui en dit long sur l’objectif réel de l’opération : moins gouverner que communiquer.
« Notamment en cette période de canicule »
Le choix du jour interroge tout autant que le format. Le 8 juillet, Vénissieux suffoquait sous 36°C. Tenir un rassemblement en extérieur, avec des personnes âgées parmi le public, relevait clairement du pari risqué en pleine alerte canicule — d’autant que la ville disposait, elle, de vrais dispositifs de rafraîchissement pour ses habitants ce jour-là. Michèle Picard a elle-même justifié ce choix par la thématique : « Ce conseil municipal permet de montrer notre programme et ce qu’on aurait fait si on avait remporté l’élection, notamment en cette période de canicule. » L’argument a le mérite de la cohérence — parler de plan fraîcheur sous 36°C — mais il n’enlève rien au décalage entre le sérieux affiché de l’exercice institutionnel et la réalité d’un après-midi caniculaire où une bonne partie des Vénissians cherchait sans doute moins un siège au « conseil » qu’un coin d’ombre ou une salle climatisée.
Du côté des soutiens de Michèle Picard, on préfère évidemment parler de succès : conférence de presse « très suivie », séance « sérieuse », propositions « fortes », le tout largement salué sur les blogs et pages proches du Parti communiste local. Mais vu de l’extérieur — et sans doute depuis les bureaux de l’actuel maire Idir Boumertit (LFI), pour qui l’exercice n’a strictement aucune conséquence légale — l’image qui domine reste celle d’un simulacre institutionnel : un conseil municipal fantôme, tenu en plein cagnard, par une équipe qui n’a plus les clés de la mairie mais refuse de lâcher la mise en scène du pouvoir.
Note méthodologique : cet article s’appuie sur les sous-titres de la vidéo publiée par l’équipe de Michèle Picard, ainsi que sur des recoupements de presse locale (Tribune de Lyon) et sur les publications des soutiens de Michèle Picard eux-mêmes (blog d’un ancien adjoint PCF), qui confirment le déroulé, la date et le contexte caniculaire de l’événement.

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