Un mois après l’ouverture du nouveau centre aquatique Auguste-Delaune, et quelques jours après son inauguration officielle le 13 juin, un texte assez dur a été publié sur le site Le Vénissian (PCF). Il s’attaque directement au maire Idir Boumertit, accusé de ne pas avoir cité Michèle Picard dans son discours, alors qu’elle était présente ce jour-là. Ce texte n’est pas signé. Avant de prendre parti, il vaut mieux comprendre d’où il vient et ce qu’il dit vraiment.
Une défaite à 25 voix qui explique beaucoup
Pour comprendre pourquoi ce texte est aussi virulent, il faut se souvenir de mars 2026. Après plus de quatre-vingt-dix ans de mairies communistes à Vénissieux, Idir Boumertit (LFI) a battu Michèle Picard (PCF) au second tour, avec seulement 25 voix d’écart. Une défaite minuscule, après plus de vingt ans de gestion communiste. Les deux camps, qui ont longtemps travaillé ensemble, se sont en réalité séparés dès 2022, quand Idir Boumertit est devenu député LFI. Une rupture aussi serrée, après une si longue collaboration, laisse forcément des traces. Cela aide à comprendre le ton très en colère de cette tribune, sans pour autant dire qui a raison sur le fond.
Que reproche vraiment ce texte au maire ?
La tribune lui fait trois reproches :
- Il aurait évité de prononcer le nom de Michèle Picard dans son discours d’inauguration, alors même qu’elle était présente, photographiée ce jour-là aux côtés d’anciens élus, dont l’adjoint aux sports, et de l’actuelle majorité.
- Il aurait parlé de « plusieurs équipes » alors qu’une seule équipe municipale existait avant mars 2026, celle de Michèle Picard.
- Il aurait fait voter une nouvelle grille tarifaire jugée trop chère, notamment pour les seniors et les associations.
Ce sont des reproches qu’on peut discuter. Mais à ce stade, ce ne sont que les affirmations d’un seul camp, celui de l’ancienne majorité.
Des accusations difficiles à vérifier
Le problème, c’est qu’aucune preuve concrète n’accompagne ces accusations. On ne trouve nulle part le compte-rendu du comité de pilotage du projet, ni le texte complet du discours prononcé le 13 juin, ni le détail du vote sur les tarifs en conseil municipal.
L’auteur de la tribune va même jusqu’à demander au maire de « publier les comptes-rendus » du comité de pilotage. Autrement dit : lui non plus ne les a pas en main. Sans ces documents, impossible de savoir avec certitude si le nom de Michèle Picard a vraiment été passé sous silence pendant le discours, ou si c’est plutôt une question de formulation, ou simplement un oubli au milieu des remerciements.
Il existe toutefois un élément qu’on peut vérifier, et qui date d’avant la tribune. Le 1er juin, lors de l’ouverture au public de la piscine (un événement différent de l’inauguration officielle du 13 juin), Idir Boumertit avait diffusé un communiqué dans lequel il présentait déjà la piscine comme l’aboutissement d’un projet qu’il avait « défendu » lorsqu’il était adjoint au maire. Michèle Picard n’y était pas citée. Ce communiqué ne dit rien de ce qui a été dit le jour de l’inauguration, le 13 juin. Mais il montre que la question de la reconnaissance du travail de l’ancienne maire existait déjà avant que cette tribune ne soit publiée.
Un ton qui pose question
Au-delà du fond, c’est la manière de le dire qui interroge. Le texte multiplie les attaques personnelles : « maire par intérim et par calcul », « pathétique », une « rancœur » qui aurait « empoisonné son jugement »… Ce genre de phrases peut se comprendre comme l’expression d’une colère politique sincère après une défaite aussi serrée. Mais pour un lecteur qui découvre l’histoire, il devient difficile de séparer ce qui est un fait de ce qui relève simplement du règlement de comptes.
Une vraie question, mal posée
Il reste tout de même une question sérieuse derrière toute cette polémique : comment une nouvelle équipe municipale doit-elle parler d’un projet lancé par l’équipe précédente ? Cette question ne concerne pas que Vénissieux, elle se pose partout où une mairie change de main en plein chantier. Elle mériterait d’être traitée avec des éléments concrets — le discours complet, les comptes-rendus, le détail des votes — plutôt qu’à travers l’affrontement entre deux versions de l’histoire : celle d’un maire qui revendique sa part dans un projet ancien, et celle d’une ancienne majorité qui a le sentiment que sa principale figure a été effacée du récit.
En l’absence de documents permettant de vérifier qui dit vrai, on peut au moins dire ceci : cette tribune est une prise de position, dans un climat politique encore marqué par une alternance acquise à 25 voix près. Ni plus, ni moins.

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