
Politique locale · Vénissieux · Juin 2026
Le tribunal administratif n’a pas encore statué sur les recours déposés après l’élection municipale de Vénissieux. Qu’importe : l’équipe de l’ancienne maire communiste est déjà en ordre de marche. Réunions de quartier, porte-à-porte, pique-nique républicain… Le calendrier ressemble trait pour trait à celui d’une campagne électorale. Une stratégie audacieuse — ou prématurée.
25 voix d’écart et un recours : les faits
L’élection municipale s’est jouée à 25 voix d’écart, sur près de 20 000 abstentionnistes. Idir Boumertit l’a emporté face à Michèle Picard, qui occupait la mairie depuis des années. L’ex maire communiste a déposé un recours devant le tribunal administratif, invoquant une intervention du journal Le Progrès le dernier jour de campagne : le quotidien aurait annoncé l’annulation de l’élection, semant la confusion parmi les électeurs, sans que les candidats puissent répondre. Un cas prévu par la loi, selon son équipe.
D’autres recours ont également été déposés : la droite via la liste VenissieuxPluriel de Mr Dureau espère de son côté récupérer des voix, et un habitant dénonce des irrégularités dans certains bureaux de vote. Le tribunal a donc plusieurs dossiers à traiter, sans calendrier annoncé.
Leur certitude : le tribunal va annuler
L’équipe Picard ne cache pas son optimisme. Elle cite des experts juridiques qui estimeraient que le très faible écart de voix justifie une annulation. Nouvelles élections envisagées : au plus tôt à la rentrée de septembre, voire début 2027 si Boumertit fait appel.
C’est là que le bât blesse. Ces « experts juridiques » ne sont pas nommés, et leur avis n’engage qu’eux. Le tribunal est souverain, il a de nombreux recours à instruire, et rien ne garantit qu’il suivra cette analyse. Présenter l’annulation comme quasi acquise, comme le fait l’équipe Picard en public, c’est prendre un risque politique réel : si le tribunal confirme le résultat, toute cette agitation aura mobilisé des militants pour rien — et fragilisé un peu plus une gauche déjà divisée.
Une mobilisation lancée avant l’heure
Mais peu importe, le vendredi 29 mai, l’équipe Picard réunissait ses soutiens. Salle pleine, malgré la chaleur et la période de grands week-ends. Michèle Picard a ouvert la réunion en estimant la situation « temporaire » et en annonçant un mois de juin à l’écoute des Vénissians — avant un relancement en juillet.
L’agenda présenté ce soir-là ne laisse guère de place au doute sur la nature de l’opération : réunions de quartier chaque mardi, porte-à-porte chaque jeudi ciblant les abstentionnistes, travail sur les listes d’émargement début juillet, événement de lancement, et pique-nique républicain le 14 juillet. Ce n’est pas un agenda d’attente.
On peut comprendre la logique : avec 20 000 abstentionnistes et seulement 25 voix d’écart, le potentiel de remobilisation existe. Mais organiser publiquement une telle séquence alors que le maire en exercice est Idir Boumertit et que la justice n’a pas tranché, c’est aussi une façon de ne pas reconnaître — même provisoirement — la légitimité du résultat.
La division de la gauche : un mea culpa sélectif
L’équipe Picard reconnaît que la division de la gauche est l’une des causes principales de la forte abstention — un record dans la métropole selon leur analyse. Pierre-Alain, Millet ex élu communiste qui semble être le monsieur chargé des résultats, estime que 2 000 à 3 000 électeurs supplémentaires se seraient abstenus à Vénissieux par rapport à des communes comparables, peut-être désorientés par une rupture qu’ils n’avaient pas anticipée.
Mais le récit de cette division est très unilatéral. Idir Boumertit est présenté comme le seul responsable : préparant sa candidature depuis 2022 dans le dos de ses alliés, s’associant avec d’anciens macronistes, laissant certains adjoints jouer double jeu pendant des mois. Les appels à l’unité de Michèle Picard, lancés dès le printemps 2025, seraient restés sans réponse — la décision « se prenait à Paris ».
Ce récit est peut-être exact où pas. Mais il vient d’un seul camp, et Idir Boumertit n’a pas été invité à répondre dans cette réunion. Dans tout conflit politique, les responsabilités sont rarement aussi nettes que le vaincu voudrait le croire.
Les critiques contre Boumertit : du fond ou de la tactique ?
L’équipe sortante dresse un bilan sévère des premières semaines de la nouvelle municipalité : pas d’élue aux droits des femmes, à la condition animale, au développement durable ; suppression des fêtes de quartier ; arrêt des permanences de conseils de quartier ; avenir incertain du journal municipal Expressions. Sur les finances, la baisse des tarifs des cantines et du périscolaire, estimée à près d’un million d’euros, serait sans financement identifié.
Certaines de ces critiques méritent d’être posées — c’est le rôle d’une opposition. Mais leur timing, formulées à peine quelques semaines après le scrutin lors d’une réunion de soutiens, dit aussi autre chose. Idir Boumertit vient de prendre ses fonctions. Lui laisser le temps de gouverner avant de dresser un bilan serait une posture plus crédible.
Attendre ou agir : un pari risqué
La stratégie de l’équipe Picard repose sur un pari : que le tribunal annulera l’élection, que les abstentionnistes se remobiliseront, et que la gauche se réunifiera autour d’elle. Chacun de ces trois paris est incertain.
Ce qui est certain, en revanche, c’est qu’à Vénissieux, pendant que la justice délibère, une partie de la gauche se mobilise déjà. Et que l’autre partie, celle d’Idir Boumertit, gouverne. Le verdict du tribunal, quand il viendra, dira si cette impatience était clairvoyance ou précipitation.
Rédaction VénissieuxInfos.fr — Article publié le 2 juin 2026. Sources : document « Arguments du vote » et compte rendu de la réunion du 29 mai 2026, équipe Michèle Picard. La rédaction n’a pas obtenu de réaction du côté d’Idir Boumertit à l’heure de la publication.

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