À Vénissieux, il y a comme un étrange parfum de campagne électorale. Pourtant, officiellement les municipales sont terminées depuis mars 2026 et aucune nouvelle élection est programmée hormis les élections présidentielles prévues pour avril mai 2027.
Idir Boumertit est bien le maire de la ville, mais sa victoire tient à 25 petites voix d’avance sur Michèle Picard, et surtout cette élection reste sous la menace d’une annulation. Le 14 septembre, la rapporteure publique du tribunal administratif de Lyon, a demandé que le scrutin de mars 2026 soit annulé, et l’affaire est en délibérée.
Autant dire que l’atmosphère politique vénissiane demeure particulière
Le maire gouverne, son équipe communique, les élus vont à la rencontre des habitants, rien d’anormal en soi. Sauf qu’au neuvième étage et dans les couloirs de l’hôtel de ville, une question ne peut pas être ignorer : faudra t-il retourner voter dans quelques mois ?
Un maire dans une position forcément particulière
L’élu mélenchoniste ne peut évidemment pas mettre la ville entre parenthèse en attendant le jugement. Il a été élu, il est maire et son rôle est donc de gérer Vénissieux, de tenir ses engagements et d’aller à la rencontre des vénissians.
Et heureusement, car on imaginerait difficilement demander à un maire de rester enfermé dans son bureau sous prétexte qu’un contentieux électoral est en cours.
Mais la politique a cette particularité que la frontière entre exercer son mandat, communiquer sur son action et préparer l’échéance suivante peut parfois devenir très fine. Dans une ville ou la dernière élection s’est jouée à 25 voix d’écart, cette frontière devient encore plus difficile à distinguer.
Chaque rencontre dans un quartier, une publication sur les réseaux sociaux, chaque échange avec les habitants permet à Idir Boumertit, de renforcer sa présence auprès des vénissians et de montrer qu’il est aussi sur le terrain, et à leur écoute. Être aussi sur les réseaux sociaux et sur le terrain fait partie aussi du camp de Michèle Picard, à la différence qu’elle n’est plus au commande de la ville.
Cela ne suffit pas pour dire que le maire est en campagne municipale, ce serait lui prêté une intention qu’il n’a pas annoncée, il est seulement en campagne pour le candidat Mélenchon !!! Mais si les électeurs devaient retourner aux urnes, sa présence actuelle sur le terrain prendrait forcément une autre dimension.
Aujourd’hui, Idir Boumertit exerce simplement son rôle de maire. Mais si le scrutin devait être annulé, les décisions prises et les actions menées depuis son élection feraient forcément partie du débat d’une nouvelle campagne. Et quelque part, il n’a pas le choix : il doit gérer la ville, comme si son mandat devait durer, tout en sachant qu’il pourrait être obligé de le remettre en jeu.
Mais pour l’ex maire communiste, elle ne semble pas vouloir tourner la page et attend impatiemment la décision du tribunal administratif, son message sur les réseaux sociaux est particulièrement révélateur.
L’ancienne maire considère que l’analyse présentée lors de l’audition du 14 septembre 2026 conforte le recours engagé contre l’élection. Elle attaque également politiquement Idir Boumertit et défend les actions qu’elle a menée lorsqu’elle dirigeait la ville et développe les raisons pour lesquelles, selon elle, une nouvelle consultation électorale des vénissians serait justifiée. Mais c’est surtout la conclusion de son message qui retient l’attention
« Je me mets d’ores et déjà au travail pour préparer le nouveau réveil de Vénissieux, retrouvons-nous ! »
Cette phrase ne constitue pas formellement une annonce de candidature, mais politiquement, difficile de faire comme si elle était anodine.
Michèle Picard, se prépare manifestement à l’hypothèse d’une nouvelle bataille électorale.
Finalement, dans les deux camps, la situation est assez simple : personne ne sait encore si les vénissians devront retourner aux urnes, mais chacun semble déjà se préparer à cette éventualité.
Il faut toutefois rappeler que les irrégularités au coeur du contentieux ne sont pas directement reprochées à Idir Boumertit, elles concernent notamment les domiciliations de Quentin Taïeb et de certains de ces colistiers.
Et bientôt la Présidentielle
Idir Boumertit, engagé LFI ne cache pas son soutien à Mélenchon, et le maire peut donc parler des préoccupations locales tout en défendant les orientations nationales de son mouvement. Une situation assez particulière lorsque, dans le même temps, son mandat municipal pourrait être remis en jeu.
En attendant la politique continue
Nous sommes donc dans une drôle de période : la campagne municipale est derrière nous, une nouvelle n’est pas encore programmée, mais chacun occupe déjà le terrain. Idir Boumertit et son équipe gouverne, et vont à la rencontre des habitants, tandis que depuis quelques mois Michèle Picard, remobilise ses soutiens, et en arrière plan se profile déjà 2027.
La campagne municipale n’est peut-être pas engagé, et officiellement terminée, mais politiquement, elle ne semble jamais vraiment être arrêtée.

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