Vénissieux : en 2014, Michèle Picard dénonçait l’annulation. En 2026, elle la réclame

Michèle Picard, ex maire communiste de Vénissieux, a répondu via les réseaux sociaux aux conclusions de la rapporteure publique. Au lendemain de l’audience du 14 septembre 2026, l’ex élue, qui comme la loi lui autorise, continuera à toucher  100% son indemnité de maire, pendant 1 an, puis 80% la deuxième année, s’est félicitée de ses réquisitions qui préconisent l’annulation des élections municipales de Vénissieux et l’inéligibilité de Quentin Taiëb.

Pour Michèle Picard, le constat est désormais clair : les irrégularités liées à la liste de Quentin Taiëb, auraient pu altérer la sincérité du scrutin et estime que les vénissians doivent donc retourner aux urnes. Une position qui prend une résonnance particulière lorsqu’on se replonge dans les déclarations de l’ancienne maire au moment de l’annulation des municipales de 2014.

En 2014 « une décision injuste »

À l’époque, l’ex élue communiste avait vivement contestée l’annulation du scrutin. Après la décision du tribunal administratif, elle et les forces de majorité de l’époque dénonçaient une décision injuste et demandaient que « les vote des vénissians soit respecté ». Dans un communiqué publié en 2014, les soutiens de Michèle Picard estimaient notamment que les électeurs n’ayant rien à voir avec la liste irrégulière ne devaient pas voir leur vote remis en cause. Ils appelaient à la mobilisation afin que « la droite et l’extrême droite ne profitent pas d’une décision injuste »

Le parallèle avec 2026 semble être évident. Il y a douze ans l’ex élue communiste était la maire dont l’élection avait été annulée en raison d’irrégularités commises par une autre liste, et aujourd’hui, elle est la candidate battue qui demande l’annulation d’une élection remportée par Idir Boumertit.

« La même Michèle Picard »… mais une situation différente ?

C’est précisément ce contraste que la majorité LFI met aujourd’hui en avant. Pour Idir Boumertit et ses adjoint, leur liste n’est pas mise en cause dans les irrégularités examinées par le tribunal administratif. Ils considèrent qu’une nouvelle élection ferait perdre à leur liste le bénéfice d’une victoire obtenue avec 25 voix d’avance, à cause d’agissements attribués à une autre liste.

Mais juridiquement, le raisonnement est plus complexe.

Le tribunal administratif ne cherche pas uniquement à savoir quelle liste est responsable d’une irrégularité, il doit également déterminer si celle-ci a pu avoir une influence sur le résultat ou porter atteinte à la sincérité du scrutin. C’est justement ce que retient la rapporteure publique car selon ses conclusions, les éléments du dossier, constituent « un faisceau d’indices concordants » susceptible de révéler des manœuvres frauduleuses et pouvant justifier l’annulation du scrutin.

Autrement dit : même si la liste arrivée en tête n’est pas accusée d’avoir fraudé, l’élection peut juridiquement être remise en cause si les irrégularités d’une autre liste ont pu fausser le résultat.

Michèle Picard assume aujourd’hui le changement de position

Dans son communiqué, elle ne cherche d’ailleurs pas à minimiser le changement de situation, elle affirme au contraire que l’écart de seulement 25 voix et combiné aux irrégularités relevées autour de la liste d’extrême droite et à leur médiatisation pendant la campagne suffit à poser la question de la sincérité du scrutin. Sur les documents administratifs produits dans le dossier, l’ex maire affirme également que c’est le tribunal qui a décidé de leur utilisation et de leur diffusion aux parties concernées. Le maire actuel, lui, cherche à savoir comment ces documents sont parvenues aux colistiers de Michèle Picard qui ont décidé de poser un recours.

Mais une chose est sure, le ton a changé. En 2014, l’annulation des élections municipales était présentée par l’ex maire comme un injustice venant remettre en cause le choix des électeurs. En 2026, elle considère au contraire qu’une nouvelle élection est nécessaire parce que, selon elle, le choix des électeurs aurait été faussé.

Une différence de contexte, mais un paradoxe politique

Pour les soutiens de Michèle Picard, les deux situations sont différentes. En 2014 comme en 2026, ce sont des irrégularités attribuées à une autre liste qui sont au coeur du débat, mais les circonstances, les candidats et les résultats sont différents. Il reste quand même un paradoxe politique difficile à éviter, car en 2014, elle défendait le principe selon lequel les électeurs ne devaient pas payer les conséquences des irrégularités d’une autre liste, mais en 2026, elle estime que ces mêmes irrégularités peuvent justifier que l’ensemble des électeurs soit rappeler aux urnes.

Et cette fois, l’annulation d’une élection ne lui ferait pas perdre une mairie qu’elle ne dirige pas mais elle lui offrirait la possibilité de rejouer une élection qu’elle a perdue.

C’est précisément là que le débat dépasse la seule question judiciaire.

Pour Michèle Picard, il s’agit de savoir si les Vénissians ont réellement pu voter dans des conditions normales. Pour Idir Boumertit, il s’agit de défendre une victoire dont sa liste estime ne pas devoir supporter les conséquences d’irrégularités commises par une autre.

Le tribunal devra maintenant trancher cette question sur le terrain du droit. La rapporteure publique a demandé l’annulation, mais son avis ne constitue pas encore la décision du tribunal.

En attendant, une chose est déjà certaine : à Vénissieux, le débat de 2014 est revenu dans la campagne de 2026, mais avec les rôles inversés.

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