Sécurité · Vénissieux
Un homme blessé par balles en plein jour boulevard Joliot-Curie, des vidéos choc sur les réseaux sociaux, une enquête ouverte. Le nouveau maire, tout juste installé et déjà délégué à la sécurité, découvre l’ampleur du défi — et ses limites constitutionnelles.
📅 13 avril 2026 | Vénissieux
Ce samedi 11 avril, aux alentours de 13h, la ville de Vénissieux a une nouvelle fois été le théâtre d’une scène de violence urbaine qui marque les esprits. Boulevard Joliot-Curie, dans le quartier de La Borelle, des coups de feu ont retenti en plein après-midi. Un homme, connu des services de police, a été blessé. Sur les vidéos rapidement diffusées sur les réseaux sociaux, on distingue quatre individus cagoulés prenant la fuite. Quelques instants suffisants pour rappeler que la ville a un problème de sécurité que rien, pour l’instant, ne semble pouvoir régler.
Ce que l’on sait des faits
Samedi 11 avril, vers 13h, un homme blessé boulevard Joliot-Curie à Vénissieux. Quatre individus cagoulés en fuite filmés par des témoins. Une enquête ouverte. La préfecture du Rhône a ordonné des patrouilles renforcées sur le secteur. Dans les jours précédents, d’autres tirs d’intimidation avaient eu lieu à Vénissieux et dans les arrondissements lyonnais, sans faire de blessés.
Ce samedi 11 avril, aux alentours de 13h, un homme a été la cible de tirs boulevard Joliot-Curie à Vénissieux#Lyon #faitsdivers pic.twitter.com/RIuy4dVyHw
— Lyon Mag (@lyonmag) April 12, 2026
Un maire qui arrive avec une délégation… et beaucoup d’illusions à perdre
Le nouveau maire de Vénissieux a pris ses fonctions depuis quelques semaines à peine. Parmi les premières décisions symboliques : s’octroyer lui-même la délégation sur la sécurité et la tranquillité publique. Un signal fort, une affirmation de priorité. Mais dans les faits, ce portefeuille risque surtout de lui donner des cheveux blancs. Car cette délégation, aussi volontariste soit-elle, se heurte rapidement à un mur que ses prédécesseurs ont eux aussi longuement frappé sans le faire céder : la sécurité, en France, est une compétence régalienne. Elle appartient à l’État.
Un maire n’est pas un préfet. Il ne commande pas la police nationale, ne décide pas de ses effectifs, ne fixe pas les priorités de la direction zonale. Il peut signaler, demander, insister, convoquer des réunions, écrire des courriers. Mais ordonner ? Non. La chaîne de commandement s’arrête à sa porte.
Idir Boumertit (LFI) a publié un post sur sa page FaceBook qu’il s’est entretenu avec les autorités de polices, et qu’il fera prochainement un point avec le préfet
La gauche vénissiane, toujours prompte à renvoyer vers l’État
Il faut rappeler ici une constante locale qui traverse les décennies et les étiquettes politiques. Que ce soit sous les mandats communistes — qui ont longtemps tenu la ville — ou aujourd’hui avec LFI, la réponse aux questions de sécurité a toujours eu le même réflexe : « c’est la responsabilité de l’État ». Ce n’est pas faux sur le fond. C’est même constitutionnellement exact. Mais c’est aussi une façon commode d’éviter d’être comptable des résultats sur le terrain.
Alors que pourra faire concrètement ce nouveau maire, que l’on suppose animé d’une volonté de changer les choses ? Sans doute ce qu’a fait son prédécesseur : réclamer des renforts de police nationale, multiplier les interpellations auprès de la préfecture, peut-être renforcer la police municipale à la marge. Des actions utiles, sans doute. Décisives ? On peut en douter.
Les habitants, eux, attendent des résultats
Les Vénissians qui entendent des coups de feu un samedi à 13h en plein quartier ne s’interrogent pas sur la répartition des compétences constitutionnelles entre l’État et les communes. Ils veulent savoir si demain sera plus sûr qu’aujourd’hui. Et c’est là que le bât blesse : l’espoir que beaucoup ont pu placer dans une nouvelle équipe municipale risque de se heurter très vite à la réalité des marges de manœuvre d’un édile.
Ni l’étiquette politique, ni la bonne volonté, ni même une délégation à la sécurité soigneusement rédigée ne constituent une baguette magique. La violence qui s’est manifestée ce week-end boulevard Joliot-Curie s’inscrit dans des dynamiques — trafics, règlements de comptes, économie souterraine — qui dépassent largement les pouvoirs d’un hôtel de ville. Le constat est sévère, mais il est honnête. Et les habitants méritent cette honnêteté, plutôt que des promesses que personne, ici, n’a les moyens de tenir seul.

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