La fin du règne communiste ne rallumera pas les écrans de Farid Ben moussa

Il avait fait de sa voix un étendard. Ses vidéos, toujours lancées avec le même « Salut jeune Vénissian ! », rythmaient la vie quotidienne et parfois des anecdotes mais aussi sur le débat politique local publiées sur Facebook, TikTok et Twitter.

Farid Benmoussa, élu d’opposition jusqu’au samedi 28 mars, à Vénissieux et adversaire déclaré de Michèle Picard, a décidé de mettre fin à toute publication sur les réseaux sociaux. Un silence qui en dit long.

La chute d’un règne, mais pas celle qu’il espérait

Les municipales 2026 ont réservé leur lot de surprises à Vénissieux. Si Michèle Picard est arrivée en tête au premier tour, confirmant encore une fois l’ancrage communiste dans cette ville ouvrière de la banlieue lyonnaise, c’est finalement le candidat de La France Insoumise qui a remporté la mise au second tour — avec seulement 25 voix d’écart. Un résultat historique qui met fin à 80 ans de gestion communiste de la ville.

Pour Benmoussa, c’est une victoire à moitié. Il voulait voir Michèle Picard partir. Elle part. Mais ce n’est pas lui, ni ses idées, ni ses années de combat politique sur le terrain numérique qui ont fait basculer la ville. Et c’est précisément là que le bât blesse.

Des milliers de vues, mais des urnes vides

Le constat est brutal, et Farid Benmoussa a choisi de ne pas se voiler la face. Comment un homme capable de générer des milliers de vues sur ses vidéos politiques — des contenus qui décryptaient la gestion de la majorité communiste, qui faisaient réagir, qui divisaient autant qu’ils fédéraient — n’a-t-il pas réussi à mobiliser les Vénissians ?

Les chiffres de la participation parlent d’eux-mêmes : sur 31 446 électeurs inscrits, seulement 12 045 se sont déplacés aux urnes. Un taux d’abstention important, qui relativise tout — les audiences, les commentaires, les partages. L’agora numérique et la réalité des urnes sont deux mondes qui, une fois de plus, ont refusé de se rejoindre.

Ses followers, qu’ils soient fans ou contradicteurs — et ils étaient nombreux dans les deux camps — aimaient regarder. Mais regarder n’est pas voter.

Un burn-out politique

Cette prise de conscience semble avoir plongé Farid Benmoussa dans ce que l’on pourrait appeler un burn-out politique. La décision d’interrompre ses publications n’est pas anodine. Elle traduit une fatigue profonde : celle d’un vénissian qui a cru que l’information, le débat, la controverse pouvaient faire bouger les lignes. Qui a passé des années à alerter, à dénoncer, à interpeller — et qui, au soir du second tour, a regardé les chiffres et s’est demandé à quoi tout cela avait servi.

Il avait des contradicteurs, certes. Mais aussi des soutiens sincères, des Vénissians qui appréciaient ses coups de gueule contre la politique menée par la majorité municipale. Pourtant, au moment décisif, ni les uns ni les autres ne se sont retrouvés en nombre suffisant dans les isoloirs.

La fin du règne, seule lumière dans l’obscurité

Dans ce tableau sombre, Farid Benmoussa retient tout de même quelque chose : la fin du règne communiste à Vénissieux, et avec elle, la sortie de Michèle Picard de l’exécutif municipal. Quatre-vingts ans. C’est le temps qu’aura duré cette hégémonie dans une ville qui semblait inamovible dans ses couleurs politiques. Voir ce chapitre se fermer, même dans des conditions qu’il n’avait pas anticipées, reste pour lui un aboutissement.

Mais une victoire sans lendemain est-elle vraiment une victoire ?


Farid Benmoussa n’a, pour l’heure, pas annoncé si son silence serait définitif ou temporaire. Vénissieux, elle, s’apprête à tourner une page de son histoire. Une nouvelle ère commence — et lui a choisi, du moins pour l’instant, de ne pas en être le commentateur.

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