
Chronique — Canicule & politique locale
Il faut lui reconnaître une chose au maire de Vénissieux : il ne chôme pas par temps de canicule. Tandis que nous nous interrogions le 28 mai, dans ces mêmes colonnes, sur l’absence criante des élus dans les écoles surchauffées de la ville, voilà que le premier magistrat publiait le soir même… sa visite dans les écoles surchauffées de la ville, accompagné de Jean-Paul Crouzet, adjoint au maire à l’éducation. Coïncidence troublante, ou sens inné du timing politique ? À vous de juger.
Donc, ce même jour où nous déplorions le silence des édiles face aux enfants qui cuisent dans leurs classes, le maire se rendait avec Jean-Paul Crouzet, adjoint au maire à l’éducation au groupe scolaire Léo Lagrange pour « constater les effets de la canicule ». Magnifique. On constate. On mesure. On décide de réunir une cellule canicule d’urgence. Des brumisateurs seront achetés. Des ventilateurs d’appoint viendront en renfort. Un « plan chaleur ambitieux à court, moyen et long terme » est annoncé, avec végétalisation, désimperméabilisation et tout le vocabulaire fleuri du développement durable. Qui a dit que la politique locale manquait de hauteur de vue ?
À 18h, le maire et ses adjoints étaient devant le rectorat pour s’opposer à la fermeture de classes. Une journée bien remplie. Chapeau.
Et ce n’est pas tout. Car pendant que Monsieur le Maire sauvait les écoliers, il avait trouvait également le temps, le 26 mai d’accompagner Nadia Chikh, adjointe au 3ème âge et à la santé, dans les résidences autonomie Ludovic Bonin et Henri Raynaud. Pour une « visite impromptue », précise-t-il. Rien de plus rassurant qu’un maire qui débarque à l’improviste dans vos murs. Les responsables de résidences, « mobilisés sans délai », apprécieront sans doute la formule.
On apprend ainsi que Vénissieux compte 7 500 personnes âgées de 60 à 74 ans, et 4 760 de plus de 75 ans — dont 40 % vivent seules. Des chiffres connus, disponibles sur l’INSEE, mais qui prennent une toute autre saveur lorsqu’ils sont énoncés depuis une résidence que l’on vient de découvrir « impromptument ». La communication municipale a ses vertus pédagogiques.
Le vrai bilan de cette journée historique
En résumé : le jour même où notre article pointait l’absence des élus dans les écoles, le maire était dans les écoles et devant le rectorat, quelques jours plus tôt il était dans les maisons de retraite. Tout cela dans la même semaine. On imagine la voiture de fonction faire des aller-retours frénétiques sous le soleil de plomb, entre brumisateurs et personnes âgées, entre enfants en sueur et aînés isolés. Bon on suppose que depuis son accession au poste de maire, le premier magistrat de la ville a supprimé la voiture de fonction et le chauffeur qui va avec et qu’avec cette canicule et le pic de pollution qui va avec, il a utilisé les modes doux, notamment les transports en commun.
Soyons sérieux un instant : la mobilisation sur le front de la canicule est une nécessité absolue, et les dispositifs évoqués — cellule de veille téléphonique, appels aux personnes fragiles, plan chaleur — sont de vraies réponses à de vrais problèmes. Le CCAS de Vénissieux fait un travail essentiel que nous saluons sans ironie.
Ce qui prête davantage à sourire, c’est cette mécanique bien rodée de la communication politique locale : la critique arrive, la visite de terrain suit dans l’heure, le post Facebook documente tout en temps réel. On appelle ça de la réactivité. Nous autres, naïfs blogueurs de quartier, on aurait tendance à appeler ça une heureuse coïncidence.
En attendant, si vous connaissez une personne âgée isolée dans votre voisinage, signalez-la au CCAS. Parce que ça, ce n’est pas de l’ironie — c’est une vraie urgence.

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