Il y a un exercice que les réseaux sociaux et les archives en ligne ont remis au goût du jour : ressortir d’anciennes interviews pour les confronter au discours d’aujourd’hui. L’exercice a parfois mauvaise presse, accusé de sortir les propos de leur contexte. Mais il a aussi une vraie utilité : rappeler ce que des responsables politiques ont réellement dit, à une époque où les caméras étaient plus rares et les archives moins consultées. Une interview de Marcel Houël, maire de Vénissieux pendant vingt-trois ans, en est une bonne illustration.
Marcel Houël a dirigé la ville de 1962 à 1985, sous la bannière du Parti communiste français, qui a gouverné Vénissieux sans interruption de 1935 à 2026. C’est sous son mandat que le quartier des Minguettes est sorti de terre, avec la construction de la ZUP à partir des années 1960.
La genèse d’un grand ensemble
Dans cette interview, Houël revient d’abord sur le contexte qui a présidé à la construction des Minguettes : la France de l’après-guerre, l’exode rural vers les usines, l’arrivée des rapatriés d’Afrique du Nord, et la nécessité de construire vite, beaucoup et à moindre coût pour répondre à la crise du logement. Ce constat correspond à ce que l’on sait par ailleurs de la genèse des grands ensembles français de cette période.
Un discours plus surprenant sur l’immigration
La suite de l’interview est plus inattendue. Marcel Houël (PCF) y explique que la création de la communauté urbaine de Lyon, effective à partir de 1969, a retiré aux maires une partie de leurs prérogatives, en particulier le contrôle de l’attribution des logements sociaux. Selon lui, ce pouvoir transféré à l’échelon intercommunal aurait ensuite été « utilisé et abusé », la communauté urbaine ayant orienté vers sa commune, comme vers d’autres, des populations que le reste de l’agglomération lyonnaise ne souhaitait pas accueillir. Il vise explicitement les familles immigrées, en particulier ainsi que des « familles à problèmes », « asocialement difficiles » et « des familles pauvres ».
Le constat mérite d’être souligné : c’est un maire communiste, élu d’un parti qui s’est historiquement présenté comme le défenseur des travailleurs immigrés et de l’internationalisme ouvrier, qui formule ici une grille de lecture proche de celle que l’on retrouve aujourd’hui dans certains discours d’extrême droite sur les politiques de peuplement et la répartition des populations immigrées entre communes. La même logique consistant à présenter l’arrivée de familles immigrées comme une charge imposée de l’extérieur à une commune qui n’en voudrait pas se retrouve, formulée dans des termes très proches, des décennies plus tard, dans un autre paysage politique.
Une continuité politique rompue en 2026
Après la mort de Marcel Houël en 1985, la mairie de Vénissieux est restée communiste sans discontinuer : André Gerin lui succède jusqu’en 2009, puis gérer par Michèle Picard jusqu’en 2026 avec LFI, le PS, et les écolos qui n’ont peut être pas eu accès à l’interview de M Houël. Depuis, le quartier des Minguettes a connu et connait plusieurs vagues de rénovation urbaine, dont des démolitions de tours d’habitation, sans que les difficultés sociales et économiques qui lui sont associées disparaissent durablement.
Cette continuité prend fin le 22 mars 2026 : le candidat de La France insoumise, le député Idir Boumertit, remporte l’élection municipale face à la maire sortante Michèle Picard, avec seulement vingt-cinq voix d’avance. Ce résultat met un terme à quatre-vingt-dix ans de gestion communiste ininterrompue de la ville. L’ancien maire André Gerin qualifiera lui-même ce basculement de « séisme politique ».
Note : les propos attribués à Marcel Houël dans cet article sont repris d’une interview vidéo publiée sur la chaine YouTube de l’INA Société lors d’une reportage intitulé 1982 : Voyage au bout de la ZUP | Archive INA.

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