Depuis le 13 avril 2026, La Poste ne distribue plus le courrier dans plusieurs adresses de la rue Joliot-Curie et de la rue Vallet. Une décision unilatérale qui laisse sans solution les personnes les plus vulnérables du quartier.
Dans un avis mis dans les boites à lettre des habitants, La Poste annonce l’arrêt de la distribution et la mise en instance du courrier pour plusieurs adresses du quartier Joliot-Curie à Vénissieux. La décision, entrée en vigueur le 13 avril 2026, concerne les résidents des adresses suivantes :
- 103 rue Joliot-Curie
- 129 rue Joliot-Curie
- 50 rue Vallet
- 52 rue Vallet
Courriers simples, lettres recommandées et colis sont désormais disponibles uniquement au bureau de poste de Vénissieux Principal, 17 place de la Paix (69200 Vénissieux), et ce dans une plage horaire très réduite : de 9h30 à 11h30 seulement. Les habitants devront en outre se munir de leur pièce d’identité originale pour retirer leur courrier.
La Poste justifie cette suspension par « les dernières évolutions de la situation dans le quartier« , sans plus de précision, et indique qu’elle reprendra la distribution « dès que les conditions de sécurité de ses facteurs seront réunies« . Aucun calendrier n’est annoncé.
Une fenêtre de deux heures pour tous
9h30 à 11h30 : c’est le créneau imposé pour récupérer son courrier. Pour une personne âgée sans moyen de transport, une personne à mobilité réduite, un travailleur en horaires décalés ou une famille sans voiture, cette contrainte est tout simplement intenable. Et si le courrier en attente contient une convocation médicale urgente, une ordonnance, un document administratif au délai impératif ? La Poste n’apporte aucune réponse à ces situations.
Un service public universel… sauf ici
La loi française impose à La Poste d’assurer un service universel postal : distribuer le courrier six jours sur sept, à toutes les adresses du territoire. Cette suspension, même temporaire, soulève donc une question juridique réelle. Peut-on interrompre un service public universel sans proposer de solution adaptée aux personnes dans l’incapacité de se déplacer ?
La tendance n’est pas nouvelle : Colissimo refusait déjà de livrer dans certains quartiers sensibles. Mais voir La Poste étendre cette logique à l’ensemble du courrier — y compris les lettres ordinaires — marque un tournant. Si cette pratique se généralise, c’est toute une conception du service public qui vacille.
Quelles solutions sont possibles ?
Livraisons en binôme avec agents de sécurité, tournées en véhicule avec escorte, extension des horaires de retrait, points-relais de proximité dans le quartier.
Renforcement des effectifs de police dans le quartier, interpellation du régulateur postal (ARCEP) sur le respect du service universel.
Portage à domicile municipal pour les personnes vulnérables, navette gratuite vers le 17 place de la Paix, médiation de quartier pour sécuriser les tournées.
LFI aux commandes : premier test grandeur nature
Issue des élections municipales du 22 mars, la nouvelle majorité conduite par LFI prend les rênes d’une ville confrontée, dès ses premières semaines, à cette fracture de service public. Le mouvement, qui a bâti sa campagne sur la défense des services publics et la justice sociale, dispose de leviers concrets : interpellation officielle de La Poste et de l’État, mobilisation des services sociaux municipaux, mise en place d’une solution de transport ou de portage pour les habitants empêchés.
Ce dossier sera un révélateur. Entre discours programmatique et réalité du terrain, la réponse apportée aux habitants de la rue Joliot-Curie dira beaucoup sur la capacité de la nouvelle équipe à traduire ses engagements en actes.
Suspendre la distribution du courrier dans un quartier, sans solution adaptée pour les personnes âgées ou handicapées, c’est accepter que certains territoires soient moins citoyens que d’autres. Ce n’est pas une fatalité — c’est un choix politique que l’on peut et doit contester.


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