L’affiche est bien visible, et annonce « Vénissieux investit pour votre avenir ». Le projet s’appelle la Maison des Mémoires Olga Bancic, du nom d’une résistance, du groupe Manouchian, exécutée en 1944 par les allemands. Le chantier va coûter 7 millions d’euros. Une somme qui pose question à un moment où les responsables politiques répètent qu’il faut « travailler plus et plus longtemps, qu’il faut faire des économies et ceci pour redresser les finances publiques, comme le disent la plupart des candidats à l’élection présidentielle de 2027.
Un décalage qui dérange ?
Il y a quelque chose qui ne passera pas chez certains d’entre nous : d’un côté on demande aux gens de faire des efforts, de l’autre, et d’un autre, les élus augmentent leurs indemnités plus vite que les salaires des habitants. Ce grand écart entre ce que l’on demande aux citoyens et la façon dont l’argent public est parfois dépensé crée de la méfiance, et c’est normal.
Personne ne dit qu’un lieu de mémoire dédié à Vénissieux, n’a pas de valeur, bien sur que si. La vraie question, c’est le moment choisi. Vénissieux est ville où beaucoup d’habitants vivent sous le seuil de pauvreté, et où les besoin en matière sociale, d’éducation et de sécurité sont urgents. Etait-ce vraiment le bon moment pour mettre 7 millions d’euros dans un bâtiment culturel, plutôt que d’attendre, ou de mettre cet argent ailleurs, sur les besoins les plus pressants ? Cet argent aurait été bien utile pour la politique sociale que mène actuellement le maire LFI.
Le projet en quelques mots
D’après le site de la ville, la Maison des Mémoires, doit ouvrir en septembre 2027. elle s’installera place Léon Sublet dans l’ancienne mairie de Vénissieux, devenu le musée de la résistance sous le nom la Maison Rol-Tanguy. Ce bâtiment datant de 1880, sera agrandi pour accueillir plusieurs pans de l’histoire de la ville de Vénissieux (ville qui était aussi connu pour ses Rosiéristes), mais aussi l’histoire ouvrière et les luttes sociales, la seconde Guerre mondiale et la Résistance, ainsi que les mémoires des migrations, avec une collecte de témoignages menée auprès des habitants.
Le projet est porté par l’agence parisienne OCAM Architecture. Le programme prévoit la démolition d’un bâtiment existant, une extension sur 3 niveaux et la rénovation pour une surface d’environ 870 m². Le budget travaux annoncé par l’architecte est de 3,7 millions d’euros HT, un chiffre à ne pas confondre avec les 7 millions d’euros affichés : ce dernier couvrant l’ensemble de l’opération, travaux, équipements, muséographie et les frais d’ingénierie compris.
Ce que dit la délibération du conseil municipal
Un document officiel permet d’aller plus loin : la délibération n° 2023/14 du conseil municipal de Vénissieux, votée en séance publique le 18 décembre 2023, sous la présidence de la maire Michèle Picard (PCF). Ce texte autorise officiellement le lancement de l’opération « Maison des Mémoires ». Il confirme plusieurs points :
- Le coût prévisionnel global était déjà fixé à 7 000 000 € TTC, valeur fin de chantier 2027, dès décembre 2023.
- Le calendrier prévu à l’époque annonçait une désignation du maître d’œuvre en août 2024, des études jusqu’en juin 2025, des travaux entre 2025 et 2027, pour une ouverture au public en septembre 2027.
- La délibération autorise la maire à signer le permis de construire, à solliciter toutes les subventions possibles (Région, État, autres) pour financer l’opération, et à signer les marchés de travaux.
- Le vote a été adopté à l’unanimité des 36 conseillers présents ce jour-là, sur 49 conseillers municipaux en exercice.
Ce projet de Maison des Mémoires à 7 millions d’euros a bien été lancé par la majorité communiste
→ Délibération du 18 décembre 2023
Un « héritage » à nuancer, mais pas aussi simplement qu’on pourrait le croire
Idir Boumertit (LFI) élu de justesse en mars 2026, a mis fin à 90 ans de gestion communiste, mais il a été élu dans la majorité communiste sur une longue période sans toutefois critiquer ou condamner la politique menée par Michèle Picard et ses prédécesseurs. Il a été notamment son adjoint pendant toutes ces années. On pourrait donc penser qu’il a personnellement validé ce projet.
Mais la liste officielle des présents et absents lors de la séance du conseil municipal du 18 décembre 2023 apporte peut-être une nuance : ce jour-là Idir Boumertit est noté « absent » et rien dans le document de la délibération n’indique qu’il ait donné une procuration (un « pouvoir ») à un autre élu pour voter à la sa place. Il n’a donc pas personnellement pris part à ce vote précis. On ne peut donc pas dire sur la seule base de cette délibération qu’il a voté pour ce projet de ses propres mains, mais son groupe a bien voté cette délibération.
Ce qui reste vrai, c’est qu’il siégeait toujours au conseil municipal à cette date et ne connaissait donc le projet de l’intérieur. Il n’a donc pas voté contre ce projet, mais pas pour non plus, bien que l’on puisse penser que s’il avait été présent, il aurait certainement voté pour.
Ce que l’on peut dire pour défendre ce projet
Soyons honnête et regarder les choses d’une autre façon :
- Le bâtiment était visiblement abîmé. Il aurait sans doute fallu le rénover de toute façon, projet mémoriel ou pas.
- Un lieu consacré à la mémoire de la ville, à l’histoire ouvrière et aux migrations peut attirer des visiteurs et servir à transmettre l’histoire aux jeunes générations, pas seulement aux gens de Vénissieux.
- La délibération elle-même autorise la ville à chercher des subventions extérieures. La commune ne paiera donc peut-être pas la totalité des 7 millions sur son seul budget.
- Le projet a été voté à l’unanimité, ce qui suggère qu’à l’époque, il n’y avait pas d’opposition frontale visible sur le principe même du projet, au-delà de la question des priorités.
La vraie question à poser :
Ces arguments sont valables, mais il ne répondent pas complètement à la question de départ : dans une ville où les besoins sociaux sont si forts, un projet culturel de cette taille, décidé dès 2023, était-il vraiment la priorité ? Maintenant le maire actuel, qui est devenu l’ennemi des communistes, doit piloter la fin de ce chantier engagé par la précédente majorité, va t-il assumer clairement, en expliquant sa position aujourd’hui, plutôt que de se réfugier dans le flou sur ce qu’il pensait à l’époque ?


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