Conseil Municipal de Vénissieux — 20 avril 2026
Entre promesses sociales et réalités de gestion
Cantine, collaborateurs de cabinet, et quelques rappels utiles à l’ancien groupe majoritaire
Le conseil municipal du 20 avril 2026 a été l’occasion d’examiner deux délibérations très différentes en apparence, mais révélatrices d’un même phénomène : le décalage entre le discours politique et la réalité des faits. D’un côté, une réforme tarifaire sur la cantine présentée comme un grand soir de la justice sociale. De l’autre, un débat sur les collaborateurs de cabinet qui a permis de rappeler quelques vérités gênantes à l’ancien groupe majoritaire.
🍽️ Rapport 19 — Cantine à 0,10 € : une « quasi-gratuité » au bénéfice plus restreint qu’annoncé
L’une des mesures phares portées par la nouvelle municipalité est l’instauration de tarifs symboliques à la cantine — 0,10 €, 0,15 €, 0,20 € ou 0,30 € le repas — pour les familles les plus modestes. La délibération tarifaire présentée au conseil municipal du 20 avril 2026 confirme que la baisse est réelle et massive : en 2024-2025, le même repas coûtait entre 1 € et 4,11 € selon le quotient familial. Il ne s’agit donc pas d’un effet d’annonce.
Mais l’examen du texte révèle une limite que la communication municipale n’a pas mise en avant.
Le mur du Quotient Familial 466
La quasi-gratuité s’arrête strictement au quotient familial (QF) 466. À 467, le prix remonte immédiatement à 2,80 € le repas. Un seul point d’écart, 2,50 € de différence. Cet effet de seuil est d’autant plus problématique que le quotient familial intègre l’ensemble des ressources d’un foyer — salaires, RSA, allocations familiales comprises.
Une famille monoparentale avec plusieurs enfants peut ainsi mécaniquement dépasser ce seuil et se retrouver exclue du dispositif, alors qu’elle correspond précisément au profil que la réforme prétend protéger. Le comble de l’ironie : plus on a d’enfants, plus les allocations gonflent le QF, et plus le risque de basculer dans le tarif fort est élevé.
Les chiffres qui manquent
Le chiffre mis en avant par le maire — « jusqu’à 420 € d’économie par an » — est plausible pour certains profils, notamment les foyers situés dans la tranche 400-466 fréquentant régulièrement la cantine. Mais il n’est étayé par aucune simulation dans la délibération : ni profil-type, ni hypothèse de fréquentation, ni répartition des familles concernées.
Pour le périscolaire, la situation est différente : même au-dessus du seuil de 466, les montants deviennent très faibles. Sur ce point, la mesure est réellement très favorable et plus large que pour la cantine.
En résumé : la réforme est substantielle, mais la communication municipale en élargit le périmètre perçu. Pour la cantine, la quasi-gratuité est ciblée, avec un seuil aux effets brutaux que les familles les plus fragiles peuvent franchir sans le vouloir. La justice sociale mérite mieux qu’un slogan : elle mérite des données.
📣 Dans la salle : quand le PCF applaudit ses propres principes… qu’il n’appliquait pas
Avant d’aborder le rapport sur les collaborateurs de cabinet, un moment de séance mérite d’être signalé. Tout au long du conseil municipal, le public — qualifié de « fan club » par le maire lui-même — n’a pas hésité à applaudir les interventions du groupe communiste et à huer celles de la majorité. Le maire, sans doute par indulgence, a d’abord laissé faire.
Mais à un moment, il a jugé utile de rappeler un fait simple : sous la mandature de Michèle Picard, toute réaction du public en séance était strictement interdite. Applaudissements, manifestations d’approbation ou de désapprobation — rien n’était toléré.
Le groupe communiste, qui se permettait ce soir-là de laisser son public réagir bruyamment, bénéficiait donc d’une liberté qu’il avait lui-même refusée pendant des années. La formule populaire résume bien la situation : faites ce que je dis, pas ce que je fais.
🗂️ Rapport 17 — Collaborateurs de cabinet : les leçons de l’ancien maire données par le nouveau
L’intervention de Michèle Picard
La délibération portant sur le recrutement de trois collaborateurs de cabinet pour le maire et la première adjointe a provoqué une intervention remarquée de l’ex-maire Michèle Picard. Celle-ci a tenu à rappeler comment fonctionnait son propre cabinet : 1,5 équivalent temps plein de collaborateurs politiques, en parallèle d’un secrétariat structuré avec un organigramme clair — accueil, courrier, téléphone, gestion des agendas et des invitations, relations presse.
Selon elle, la nouvelle municipalité aurait réduit les postes administratifs du secrétariat du maire et de la première adjointe — des agents toujours présents dans l’effectif global mais redéployés dans d’autres services — tout en augmentant le nombre de collaborateurs politiques. Elle a conclu que l’affirmation selon laquelle cette réorganisation permettrait de recruter cinq policiers municipaux supplémentaires était « soit une erreur de calcul, soit une manipulation », estimant que la masse salariale augmenterait en réalité de 6,5 postes.
La réponse du maire : une surprise bien documentée
La réponse du maire M. Boumertit a été directe. Sa surprise, dit-il, est réelle — mais pas pour les raisons qu’on croit. Il a rappelé que sous l’ancienne mandature, 13 personnes gravitaient autour du maire dans ce qu’il a soigneusement évité d’appeler une « équipe de collaborateurs ». Aujourd’hui, 9 de ces agents sont redéployés sur des postes vacants dans les services de la ville, et 4 restent pour assurer le secrétariat du maire et de la première adjointe.
sous Michèle Picard
sous M. Boumertit
délibérés publiquement
Le maire a également souligné un point de transparence démocratique non négligeable : c’est la première fois qu’une délibération est présentée en conseil municipal sur le recrutement de collaborateurs de cabinet à Vénissieux. L’ancienne majorité avait un fonctionnement qui lui appartenait — mais il n’était pas soumis au vote des élus.
Sur l’argument des policiers municipaux, M. Boumertit a été clair : le redéploiement des 9 agents sur des postes vacants libère de la masse salariale, ce qui permet de recruter sans augmenter l’enveloppe globale. Il n’a jamais prétendu que la réforme du cabinet finançait directement les policiers à l’euro près — une nuance que l’intervention de Mme Picard a volontairement gommée.
Ce qu’il faut retenir : Michèle Picard est venue critiquer la gestion d’un cabinet qui compte 3 collaborateurs délibérés publiquement et 4 agents de secrétariat — soit 7 personnes. Elle le fait après avoir dirigé une municipalité où 13 personnes entouraient le maire, sans que cela ne fasse jamais l’objet d’un vote en conseil. Le sens de l’économie, comme celui de la transparence, semble s’être aiguisé dans l’opposition.
Ce que l’on peut retenir de ce conseil du 20 avril 2026
Le groupe communiste vénissian fait face à une situation inconfortable : après des décennies de gestion, il se retrouve en position d’opposant et découvre les vertus de la critique. C’est légitime, c’est le jeu démocratique. Mais encore faut-il jouer avec cohérence.
Critiquer l’entourage administratif de 7 personnes quand on en a géré 13, interdire les réactions du public pendant des années et s’en offusquer quand elles profitent à l’autre camp : ce sont là des postures qui méritent d’être nommées.
Article rédigé à partir de la délibération 17 et 19 présentées au conseil municipal du 20 avril 2026

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