Il y a des communiqués qui répondent à une question. Et il y a des communiqués qui donnent l’impression d’y répondre, sans jamais vraiment le faire. Le dernier texte publié par le maire LFI de Vénissieux au sujet de l’Espace Dupic appartient clairement à la seconde catégorie.
Sur le papier, tout est réglé. La Ville explique avoir repris le dossier hérité de la précédente mandature, discuté avec la Fondation ARHM et avec l’Agence régionale de santé, et être arrivée à un compromis : le centre de soins en addictologie qui devait s’installer au 4e étage de l’Espace Dupic n’y sera finalement pas implanté. À la place, les locaux accueilleront un centre pour enfants et adolescents en souffrance psychique. La mairie précise même qu’elle était prête à renoncer à 800 000 euros de recettes pour arriver à cette solution. Présenté comme ça, on a le sentiment d’un arbitrage courageux, pesé, presque sacrificiel.
Sauf qu’à y regarder de plus près, ce texte ne dit jamais clairement une chose pourtant essentielle : sur quoi a réellement porté cette négociation avec l’ARHM ? S’agissait-il de créer un second centre d’addictologie ailleurs dans la ville, d’agrandir le centre déjà existant, ou simplement d’abandonner ce volet du projet sans rien mettre à la place ?
Trois hypothèses, une seule phrase pour les couvrir toutes
Le communiqué s’appuie sur une seule formule pour décrire l’issue de la négociation : l’ARHM aurait proposé « une organisation plus équilibrée de ses différents sites vénissians ». C’est une phrase suffisamment large pour recouvrir à peu près n’importe quel scénario, ce qui pose justement problème. Trois lectures très différentes sont possibles, et rien dans le texte ne permet de savoir laquelle correspond à la réalité.
Première hypothèse : un second centre d’addictologie est créé ailleurs. Dans ce cas, la négociation aurait simplement déplacé le problème plutôt que de le résoudre : au lieu d’un centre à Dupic, la ville se retrouverait avec deux structures liées à l’addictologie, celle qui existe déjà et une nouvelle, installée sur un autre site non précisé.
Deuxième hypothèse : le centre déjà existant est agrandi ou renforcé. Ici, il n’y aurait pas de nouveau site, mais une montée en capacité de la structure actuelle pour absorber les besoins qui devaient initialement être couverts par l’implantation à Dupic. Cette lecture collerait bien avec l’idée d’une « organisation plus équilibrée », puisqu’elle consoliderait l’existant plutôt que de le disperser sur plusieurs adresses.
Troisième hypothèse : rien ne change pour le centre actuel, et le projet est simplement abandonné. Dans ce cas, la négociation n’aurait débouché sur aucune évolution concrète du dispositif existant. Le seul résultat tangible serait d’avoir évité l’ouverture d’un site supplémentaire à Dupic, sans que la situation actuelle soit ni améliorée, ni modifiée, ni déplacée.
Ces trois scénarios ont des conséquences très différentes pour les habitants du centre-ville, et pourtant le communiqué ne permet d’en écarter aucun.
Pourquoi cette imprécision n’est pas un détail
Un communiqué du maire n’est jamais écrit au hasard. Chaque mot, chaque omission, répond à une intention de communication. Ici, la structure du texte est assez habile : on évoque une décision passée qui inquiétait, on met en scène une négociation exigeante avec l’ARHM et l’ARS, on chiffre le sacrifice financier consenti, et on conclut sur une note rassurante d’équilibre retrouvé.
Mais la question que se posent concrètement les riverains n’est pas seulement « le projet de Dupic aura-t-il lieu ? ». Elle est plutôt : le centre d’addictologie qui existe aujourd’hui va-t-il rester tel quel, s’agrandir, ou voir apparaître un second site ailleurs en ville ? Sur ce point précis, le texte n’apporte aucune réponse vérifiable. Il se contente d’une formule assez large pour satisfaire toutes les interprétations, sans jamais s’engager sur l’une d’entre elles.
Deux explications sont possibles, et elles ne s’excluent pas forcément. La première, c’est que ce point n’est tout simplement pas encore tranché : les discussions entre la Ville, l’ARHM et l’ARS peuvent très bien être toujours en cours sur la suite à donner à ce dossier. La seconde, plus politique, c’est qu’il est plus confortable de parler d’« équilibre » que de devoir choisir entre trois annonces qui n’auraient pas toutes la même tonalité rassurante : créer un second centre, agrandir l’existant, ou reconnaître que rien ne change.
Ce qu’il faudrait pour lever le doute
Dans l’état actuel des choses, ce texte permet à chacun d’y projeter ce qu’il a envie d’y lire. Ceux qui souhaitent y voir une solution équilibrée peuvent le faire. Ceux qui restent sceptiques sur le devenir réel du centre d’addictologie ont, eux aussi, de bonnes raisons de rester prudents.
La seule façon de sortir de cette ambiguïté serait que la mairie réponde clairement à une question simple : le centre d’addictologie actuellement en activité à Vénissieux restera-t-il en l’état, sera-t-il agrandi, ou un second centre est-il envisagé ailleurs dans la ville ? Tant que cette question n’aura pas de réponse explicite, ce communiqué restera ce qu’il est : une annonce qui rassure sur ce qui n’aura pas lieu à Dupic, sans jamais dire clairement ce qu’il advient du reste.

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