Vénissieux : qui se cache sous le pseudo Gracchus Baboeuf, qui attaque Boumertit ?

Il y a des pseudonymes qui portent bien leur nom, et d’autres qui portent surtout la confusion. Sur Facebook, un compte signé « Gracchus Baboeuf » — (clin d’œil au révolutionnaire François Noël Babeuf né en 1760 et guillotiné en 1797 pour avoir voulu l’égalité jusqu’au bout) — s’est fendu d’un commentaire à charge contre le maire de Vénissieux, Idir Boumertit : « pourquoi préférerait-il « sauver Taïeb » plutôt que d’affronter un recours ? »

La question mérite qu’on s’y attarde. Pas tant pour ce qu’elle révèle sur Boumertit, que pour ce qu’elle révèle sur la logique de celui qui la pose.

Rappel des faits, parce que le contexte aide toujours

Depuis les municipales de mars, Vénissieux vit une drôle de rentrée politique en plein été. Idir Boumertit (LFI) a emporté la mairie avec seulement 25 voix d’avance sur Michèle Picard, la maire communiste sortante. Un recours a été déposé devant le tribunal administratif de Lyon pour contester ce résultat — porté, précision utile, non pas par Michèle Picard elle-même mais par Serge Truscello, son directeur de campagne, accompagné d’anciens élus et colistiers de la liste « Avec Michèle Picard « Unir-Résister-Agir ». L’absence du nom de l’ex-maire parmi les signataires n’a d’ailleurs pas manqué d’être relevée.

Parallèlement, la mairie de Vénissieux a porté plainte à deux reprises et saisi la CNIL, après avoir découvert que des documents internes contenant des données personnelles — normalement réservés en usage strictement administratif — s’étaient retrouvés diffusés à plus d’une centaine de personnes parties au recours. Deux enquêtes internes ont été ouvertes pour comprendre comment ces pièces sont sorties des services municipaux.

Voilà pour le décor. Un vrai feuilleton juridico-politique, avec ses rebondissements, ses conférences de presse et même un « conseil municipal populaire » improvisé place de la Paix par l’ex-maire.

Le problème avec l’accusation de Gracchus Baboeuf

C’est là que le raisonnement du commentateur masqué part un peu en vrille. Le recours en cours n’attaque pas Quentin Taïeb : il attaque l’élection de Boumertit. Autrement dit, c’est Boumertit qui risque de perdre son fauteuil dans cette affaire, pas Taïeb qui risque quoi que ce soit devant le tribunal administratif. Accuser le maire de vouloir « sauver » son rival d’extrême droite pour éviter un recours qui, justement, vise à l’écarter lui, relève moins de l’analyse politique que du nœud logique. On cherche encore l’intérêt qu’aurait Boumertit à protéger l’homme dont les ennuis judiciaires servent, sur le papier, plutôt l’argumentaire de ses adversaires.

Bref, l’intention prêtée ne colle pas franchement aux faits tels qu’ils sont rapportés par la presse locale. Ce qui n’empêche pas la formule d’avoir son petit effet sur les réseaux, où l’indignation voyage toujours plus vite que la vérification.

Et le pseudonyme, dans tout ça ?

Sur le fond, se cacher derrière un pseudo pour commenter la vie politique locale n’a rien d’exceptionnel ni de condamnable en soi — beaucoup de comptes anonymes participent au débat public, parfois utilement. Ce qui prête à sourire, ici, c’est surtout le choix du nom d’emprunt : l’original, lui, avait payé sa contestation du régime de sa tête, en pleine lumière, sans se cacher. Reprendre son nom pour distribuer des accusations depuis l’anonymat d’un clavier, c’est un hommage d’un genre particulier.

Objectivité oblige : l’autre son de cloche

Tout n’est pas à balayer d’un revers de main ironique. La fuite de documents internes contenant des données personnelles est, elle, un vrai sujet — c’est justement pour cela que la mairie a porté plainte et saisi la CNIL, et que deux enquêtes administratives sont en cours. Sur ce point précis, les interrogations de l’opposition et des vénissians sur la transparence de la procédure ne sont pas illégitimes : on ne sait pas encore qui a fait fuiter quoi, ni pourquoi.

Quant au recours électoral lui-même, rien n’est tranché : le tribunal administratif ne devrait pas se prononcer avant l’automne, et les principaux intéressés — Boumertit comme Taïeb — restent présumés de bonne foi tant que la justice n’a pas dit son dernier mot.

Ce qui n’empêche pas, en attendant, de relever quand une accusation ne tient pas debout toute seule.

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