Vous avez peut-être vu passer le dernier post Facebook du maire de Vénissieux, Idir Boumertit. Ça commence tranquillement : il parle de ses discussions avec les habitants sur les marchés, explique ce qui dépend de la mairie et ce qui dépend d’ailleurs. Et puis, sans qu’on s’y attende vraiment, ça finit par un appel à voter pour Jean-Luc Mélenchon à la présidentielle de 2027.
Petit décryptage, en mots simples, pour comprendre ce qui se joue vraiment.
D’abord, qui est ce maire, et pourquoi c’est particulier
Idir Boumertit est maire de Vénissieux depuis mars 2026. Il a gagné l’élection d’extrême justesse : 25 voix d’avance sur Michèle Picard, qui était maire depuis 2009. C’était même historique, parce que Vénissieux était dirigée par les communistes depuis… 90 ans Sauf que l’ancienne équipe conteste cette élection devant le tribunal et demande carrément l’annulation du vote. Rien n’est, peut-être, donc encore complètement joué.
Et il y a un autre détail important : Idir Boumertit était déjà député avant de devenir maire. Normalement, la loi interdit de cumuler les deux : il faut choisir. Mais comme son élection de maire est contestée en justice, il peut garder son poste de député « en attendant », par prudence. Résultat : il est aujourd’hui les deux à la fois, maire ET député. Ce détail compte, parce que ça lui donne une visibilité nationale, pile au moment où la campagne pour 2027 commence à s’organiser.
Le fond du problème : tout est mélangé dans le même post
Dans sa publication, le maire parle des permanences pour rencontrer les habitants, de la vigilance sur la canicule pour les personnes âgées, des animations de l’été… et, glissé au milieu, d’un appel à voter Mélenchon parce que, selon lui, beaucoup de sujets du quotidien (logement, sécurité, pouvoir d’achat) dépendent en réalité de décisions prises à Paris.
L’idée se défend : oui, une mairie n’a pas tous les pouvoirs, et oui, la présidentielle a un impact sur le quotidien des habitants. Mais le procédé est habile : on commence par un bilan municipal sympathique et proche des gens, et on termine par un message de campagne présidentielle, comme si c’était la suite logique et évidente de la même pensée.
Un mot sur sa manière de communiquer
Il faut être honnête : ce maire communique bien, et c’est plutôt une qualité. Les habitants veulent des élus présents, actifs sur les réseaux sociaux, faciles à suivre. Car un maire absent sur le terrain et sur les réseaux sociaux, ce serait presque plus inquiétant. Le problème n’est donc pas qu’il communique, ni même qu’il communique bien. Le problème, c’est de mélanger un message institutionnel (le bilan de mairie, qui s’adresse à tous les habitants, même ceux qui ne votent pas comme lui) avec un message de campagne pour un candidat précis.
Un exercice loin d’être isolé
Ce mélange entre communication locale et soutien à un candidat national n’est pas propre à Vénissieux, ni à un seul camp politique. À l’approche de chaque présidentielle, beaucoup d’élus locaux, quelle que soit leur étiquette, profitent de leur notoriété municipale pour appuyer un candidat. Ce qui rend le cas vénissian particulier, c’est surtout le timing : une élection municipale encore contestée en justice, et un maire qui conserve pour l’instant ses deux mandats.
Ce qu’il faut retenir
- Rien d’illégal dans tout ça : un maire a le droit d’avoir des opinions et de les partager, même sur ses réseaux.
- Ce qui interroge, c’est le mélange des genres : un message qui ressemble à un bilan municipal, mais qui glisse vers un appel de campagne, sans le dire clairement.
- La situation très particulière du maire (maire ET encore député, à cause du recours en justice) lui donne, en ce moment, une caisse de résonance nationale bien pratique.
- Beaucoup d’élus locaux, de tous bords, font la même chose à l’approche de 2027. Vénissieux n’est pas un cas isolé, juste un cas assez visible.
Bref : cet été, à Vénissieux, on pourra profiter des animations proposées par la mairie. Et, en scrollant un peu plus loin sur le même post, découvrir pour qui le maire aimerait qu’on vote dans un peu moins d’un an.

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